Philippe Grand(e) Rêveur/se
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Posté le: Mar Mai 17, 2005 5:47 pm
Sujet du message: Médias et vie quotidienne |
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Ce n'est un secret pour personne : il y a de moins en moins de littérature dans les livres, de cinéma dans les films, de musique dans les disques, etc… On n'attend rien d'autre de cette navrante époque. Même le recyclage s'auto-plagie. L'exploitation de l'image à la télévision ne peut aller que jusqu'à la nausée la plus complète, la plus effarante, la plus odieusement SPECTACULAIRE bien sûr. Sans quoi, quel intérêt pour EUX ?
Et l'écrivain là-dedans ? Un écrivain de nos jours, c'est un homme n'écoutant que son orgueil et qui sait qu'ainsi il commet toutes les erreurs qu'on attendait de lui. Ça ne le dissuade en rien de les commettre. Un écrivain est plus dangereux qu'un terroriste, c'est pourquoi ils sont si peu nombreux, de moins en moins nombreux même. Un bazooka c'est bien pour fustiger les maux de l'époque, mais un stylo ça reste le must, le fin du fin. Tout le prouve. Ouvrez les yeux.
Or le travail de l'écrivain est de plus en plus complexe et contre-nature. Le bureau de l'écrivain, par exemple, c'est le lieu de travail rêvé pour ne rien foutre. Tout vous y distrait de votre tâche. Tout éloigne celui qui écrit de sa table de travail : une crampe du bras droit, un petit bruit aigu là-bas au fond du jardin, le chien qui veut sortir pisser, une pensée qui passe et qu'on ne parvient pas à retenir – et cette pensée est défunte à jamais, vous êtes mieux placé que quiconque pour le savoir…
Méfions-nous pourtant de la plupart des écrivains. Ils critiquent tellement le pouvoir des médias et de leurs obséquieux valets, eux qui aimeraient tellement prendre leur place ! La chapelle de l'écrivain aujourd'hui – mais ça dure depuis grosso modo trente ans – c'est la télévision. Les trois-quarts des écrivains ne semblent pas ressentir le moindre trac à la télévision. Or je me méfie toujours d'un type qui ne ressent aucun trac en passant à la télévision. En ce sens, une émission de télévision un tant soit peu grotesque, et ça n'est pas ce qui nous fait précisément défaut, surtout si ce grotesque en vampirise bien comme il faut la substance, est un moment de très grande religiosité.
Le message est clair : Les grands écrivains d'avenir sont boostés, à la télévision, par les petits écrivains d'avant-hier reconvertis en minuscules chefaillons d'aujourd'hui. Ça donne de merveilleuses opérations de masturbation même pas intellectuelle, mais tristement humaine, vulgairement humaine et anodine.
Un jour le couperet tombera-t-il sur l'affligeante mollesse sans pitié de notre temps ? J'ai parfois pensé à me suicider, dans mes grands élans de romantisme noir et pour des raisons diverses, mais je crois que je pourrais éviter de jamais le faire tant tout cela me dégoûte. J'attends des écrivains d'aujourd'hui qu'ils me donnent la force de croire que tout n'est pas irrémédiablement perdu. Miséricorde ! Ma femme m'offre le dernier best-seller de Z. (celui dont les livres sont des best-sellers avant même d'être en circulation). Je n'ai toujours pas eu la curiosité d'ouvrir un seul de ses livres. Son prétendu grand style me décourage par avance – je ne me vois pas faire la traversée du fleuve tout seul. Certains écrivains me font penser à quelques guitaristes de rock pourtant huppés, mais surtout doués pour l'esbroufe : parodie de guitaristes qui ne savent pas jouer et, du coup, tournent les curseurs à fond et tentent de compenser leur vide par le bruit. Sans rien réussir à compenser, bien sûr. On remplit le vide par davantage de vide, pas par le néant. Le néant, au contraire du chaos, ne vous sauve de rien. Idem en littérature.
L'éditeur lui-même joue son rôle dans cette déliquescence – pourquoi et au nom de quoi serait-il épargné ? Quand un éditeur vous donne carte blanche, c'est qu'elle n'est pas signée. Faites l'expérience… On se balade dans les couloirs feutrés de la maison d'édition qui vous fait l'insigne honneur de condescendre à publier vos livres. Aussitôt de grandes leçons s'imposent à votre esprit. Vous savez qu'il faut prendre vos ennemis pour ce qu'ils sont, et non pour ce que vous craignez qu'ils puissent être. Facile à dire. Quand ils ne restent pas cachés dans l'ombre, ils sortent masqués, et ça pullule de clones aux silhouettes molles et aux sourires de vainqueurs… |
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