in dub I trust Utopiste
Inscrit le: 03 Mai 2005 Messages: 537 Localisation: hic et nunc
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Posté le: Lun Oct 09, 2006 1:08 pm
Sujet du message: C'est comment qu'on freine ? |
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Avez - vous des enfants ?
Si la réponse est non, passez votre chemin, ou plutôt non, il peut être utile de vous poser les quelques questions que j’aurais sans aucun doute dû envisager moi-même avant de me lancer dans cette aventure.
Si la réponse est oui, eh ben il est trop tard ! Vous êtes dans la m....
Voyez donc : faire naître un enfant, ça veut dire quoi ?
Faire naître un enfant, c’est créer un être nouveau, le faire évoluer dans un environnement donné, le plus adapté possible, le plus épanouissant possible, l’aimer plus que soi, lui donner tout ce qu’on a, tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit, pour qu’il devienne quelqu’un « de bien », quelqu’un qui « va bien ».
Créer un enfant, c’est aussi affirmer qu’on est capable lui donner un avenir.
Par essence, un enfant EST l’avenir.
1. Les bébés
Tous petits, les enfants vivent hors du temps, de notre temps. Pour un enfant, une semaine, c’est une éternité, pour eux, l’année prochaine, c’est quasiment inimaginable.
Les enfants vivent dans l’éternité du temps présent, c’est pour ça qu’ils sont heureux. Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en perpétuel devenir .
Les parents, eux, sont là pour les aider à se projeter dans l’avenir, parce que notre société est organisée de telle façon que l’avenir doit être préparé. Pour trouver sa place, trouver son chemin.
Et les enfants en grandissant, rêvent.
Et c’est bien.
« Quand je serai grand …
…je serai astronaute, pompier, maître d’école, ….
…j’aurai une maison, un cheval, une voiture, une fusée, …
…j’irai en Chine, au Mexique, en Australie, dans un bel avion blanc, …
…j’aurai une famille à moi…
…je pourrai diriger ma vie à ma guise… »
A quoi les parents répondent, oui si...
si...
...tu préserves ta vie pour arriver à l’âge adulte,
...tu écoutes les conseils que te donnent les gens qui t’aiment,
...tu apprends la rigueur et le sens de l’effort pour accéder à une condition qui te convient, si…
Discours que la plupart des parents tiennent.
Mais est-ce encore possible aujourd’hui?
Rien n’est moins sûr.
L’« avenir » existe-t-il encore ?
Avouons-le, jamais ce rêve n’aura été autant compromis. Disons-le haut et fort : nos enfants n’ont plus d’avenir, et pour cause : nous le leur avons volé. Nous les avons trahis.
Nous trahissons nos enfants parce que nous leur mentons. Et là, je ne parle pas du Père Noël, je parle de la vie, de leur vie future, si elle a lieu.
Au mieux, nous mentons par omission.
Nous mentons parce que nous n’avons aucune autre alternative.
Aucun début de commencement de solution.
Nous sommes arrivés aujourd’hui au paradoxe qui veut que nous engendrons des enfants dont l’espérance de vie moyenne atteint bientôt 110 ans et que nous ne sommes pas foutus de leur affirmer sans mentir que dans 10 ans (en étant optimiste) la terre n’aura pas été atomisée par je ne sais quel allumé, que l’air sera encore respirable, que l’eau ne manquera pas, que la végétation ne sera pas brûlée par le soleil, que les déchets ne nous auront pas étouffé, que la pénurie d’énergie et surtout de bon sens, d’humanité, ne nous auront pas ramené aux conditions de vie de nos grands parents, dans le meilleur des cas.
Sans parler de nos valeurs qui n’ont plus de contenu. La vie d’un homme ne vaut plus rien. On peut le constater chaque jour.
On s’entretue pour un téléphone portable, pendant qu’un tiers de l’humanité meurt de faim ou de soif, on se suicide à tour de bras, tellement que les gouvernements n’osent pas rendre les chiffres publics. Le suicide tue plus que la voiture. Faut pas le dire, on a pas de solution. Pas d’administration compétente ( ?) pour mettre en œuvre un quelconque décret.
Le bonheur et l’espérance ne se décrètent pas. Dommage.
C’est la première leçon que nous devons retenir en observant le fonctionnement du monde : nous sommes la seule espèce qui continue à se multiplier alors que toutes les conditions d’une extinction rapide et massive sont réunies. Pour le plus grand bénéfice (à court terme, de toute façon il n’y en a pas d’autre) des multinationales.
2. Les bébés grandissent
Et quand les enfants ne rêvent plus parce qu’ils ont grandi, ils sentent plus qu’ils ne comprennent que le monde des adultes les a trompé. Ils se sentent trahis, et à juste titre.
Et alors, c’est le désespoir.
Du premier « no future » des punks des années 70 à aujourd’hui, le message est si limpide que nous ne l’avons pas capté.
Les ados ne disent rien d’autre, les enfants « des banlieues», ceux qu’il faut faire taire, ne disent rien d’autre.
Ils hurlent la douleur d’un monde agonisant, d’une société en putréfaction, celle d’une vérité qui nous aveugle, et nous ne les écouterons pas parce que nous n’avons pas de solution, de vraies solutions, j’entends.
Au lieu de chercher, dans un accès salutaire de lucidité, une voie pour envisager un avenir possible, nous nous enferrons dans la culture de l’instantané, du jeunisme et du jetable.
Nous remplaçons l’effort de réflexion par l’acte de consommation. Nous remplaçons l’Amour par le consumérisme. C’est tellement plus facile, et tellement plus fun.
Tout doit être rapide, performant dans l’instant, tout doit être accessible par pression d’une simple touche, tout devient obsolète avant même d’être mis sur le marché, on est vieux avant d’être adulte.
Notre civilisation obèse est en train de crever, écrasée sous son propre poids, par ses délirantes « innovations » censées délivrer l’homme moderne des « contraintes » de la vie, sous le poids du « progrès » qui transforme un « humain » en « consommateur ».
Et pour arriver à cela, nous consentons à sacrifier jusqu’aux éléments nécessaires à notre survie.
Cependant, sporadiquement, lors de chaque accès de désespoir, certains se doivent de lui répondre : ils appartiennent à deux espèces distinctes (de moins en moins) mais animées des mêmes ambitions pourries.
La première est le politicard, car il a besoin de ce désespoir pour nourrir son ambition, asseoir ses velléités d’autorité, ou promettre l’ordre qui rassure tant le peuple tremblant devant tant de bruit et de fureur.
Et il se paie le culot de traiter comme des délinquants ceux qui n’ont qu’un seul tort : celui d’être le révélateur de nos erreurs.
Mais il ne fera rien, il ne règlera rien, pour la bonne et simple raison qu’il ne possède pas une once de pouvoir dans le système. Pas une. Le pouvoir politique est un leurre. Seuls ceux qui paient leur résidence tertiaire aux Maldives peuvent encore y croire puisqu’ils trouvent encore des systèmes pour se faire élire.
A ce propos, je me demande si la démocratie n’est pas la plus grande arnaque de l’univers connu. Dans la mesure où elle met par définition la charge du choix de la gouvernance politique sur les épaules du peuple, qui ainsi ne peut s’en prendre qu’à lui-même en cas de faillite ; et si l’on considère qu’il y a longtemps que les représentants ne représentent plus personne et que les prérogatives politiques sont totalement inféodées au capital, vous la sentez, l’embrouille ?
La deuxième est le religieux qui dit que l’espérance se trouve dans l'Eglise , et que seul le fidèle retrouvera espoir et paix par la pratique de l’adoration. Et l'Eglise a besoin de toi , mon fils. Viens, je vais t’expliquer comment exister vraiment. A partir de là, avec un peu de chance, on a une ou deux options, qui in fine, mènent soit au martyre, soit à l’ascétisme, soit à l’isolement type ermite, soit à la vie communautaire religieuse, soit à la compassion active, qui tente, avec enthousiasme, de panser avec un sparadrap un cas désespéré de cancer généralisé.
Le prochain défi de l’humanité n’est pas technologique, il est bien plus prosaïquement d’affronter le choc en retour de sa propre turpitude, et la lourde charge de cette réaction repose sur les épaules de nos enfants.
Leur réponse sera à l’image du monde que nous leur avons fabriqué : violente, inhumaine, impitoyable.
Qui aime bien châtie bien ? |
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