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[textes] [serie] Un Livre - chapitre III

 
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Invité






Posté le: Lun Juil 25, 2005 8:23 am 
MessageSujet du message: [serie] Un Livre - chapitre III
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3 – Le conseil des sages



Le martèlement sourd annonça le début du repas communautaire, il quitta la bibliothèque et se dirigea nonchalamment vers la grande salle.
En marchant vers la marmite, il vit que beaucoup évitaient son regard.

Ils me croient fini, songea-t-il, ils verront bien ce qu’il en est vraiment.

Il prit son plat et mangea tranquillement, à l’écart de tous.
Il sentit soudain une traction sur le bas de sa tunique : la petite Eline réclamait son attention.

Il était fasciné par cette toute petite chose. Elle avait bien remarqué que ses yeux étaient différents de ceux de tous les autres mais elle ne semblait pas s’en préoccuper outre mesure. Il se souvint qu’alors que tous les petits étaient effrayés par son regard, Eline était la seule à se comporter avec lui comme avec n’importe qui d’autre, comme si elle n’avait pas remarqué ses yeux déroutants. Et il se rappelait aussi qu’elle lui avait fait un aveu un jour, toute emprunte de gentille naïveté, lui expliquant qu’elle n’était pas effrayée comme les autres enfants car elle sentait que son cœur était bon.
Il avait lutté très fort pour ne pas verser de larmes devant elle, mais elle lui avait irrémédiablement marqué le cœur au fer rouge, là était la principale raison de sa profonde affection pour cette si petite créature, la seule qui ne l’ait jamais rejeté.

« Que veux-tu petite fleur ? », lui demanda-t-il.

« Veux manger avec toi parce que tu es tout seul et c’est pas bien » lui répondit-elle avec un petit sourire complice, lui creusant des fossettes sur ses deux joues poisseuses.
Sans demander son reste, elle posa laborieusement son plat à coté de lui, tentant de ne rien renverser dans la manœuvre.
Elle finit par y arriver et entreprit de manger calmement, couvant toute chose d’un regard espiègle.

« Meki il a dit que si on vit au bord de la Lomy, c’est parce que le Très Grand le veut bien » dit-elle sans ménagement, comme une femme aurait fait une remarque sur la grandeur de la maison de ses voisins à son mari.

« Je crois bien que Meki croit que son papa sait beaucoup de choses. Moi je crois qu’ils se trompent tous les deux. »
La réponse du livre fit naître un sourire fugitif sur la petite bouche rose.

« Meki, il a dit aussi que comme il y a un nouveau livre, et ben on n’avait plus besoin de t’écouter parce que le nouveau livre il sait plus de choses que toi et en plus il se trompe jamais ». On sentait que la petite chipie aiguillonnait le livre à dessein, mais personne d’autre qu’elle ne connaissait la teneur exacte de cet objectif.

« Oh ! Il a dit ça ? Moi je dis que Meki et son papa se fient trop vite aux étrangers et qu’ils attireront sur eux le malheur s’ils continuent ainsi. »

« Mais toi, tu crois quoi ? » demanda-t-elle

« Je crois qu’Œva peut être un bon livre, mais nous devons d’abord le connaître pour l’évaluer. »

« Alors il va pas te remplacer tout de suite ? » l’espoir était perceptible dans sa question.

« Non, n’aies pas peur, mon remplaçant n’en sera pas un. Ce futur livre s’ignore » finit-il par dire, s’efforçant de masquer le sourire qui, il le sentait, voulait forcer le passage sur ses lèvres.

Ceci laissa Eline perplexe, pour une fois, elle n’avait pas compris une phrase de son livre. Elle retourna alors tous les mots qu’elle avait entendu espérant retrouver un sens en modifiant leur ordre.

Rien n’y fit.

Ils terminèrent leur plat pratiquement en même temps, lui en jetant un œil en coin à sa petite voisine, elle, les sourcils froncés, cherchant encore une signification aux propos évasifs du vieil homme.

La grande salle accueillait la totalité de la communauté, celle-ci se réunissait assez rarement au grand complet mais l’arrivée d’un nouveau livre était un événement suffisamment exceptionnel pour provoquer ce rassemblement.
Tous discutaient par petits groupes, le sujet des discussions était principalement axé sur deux points : Œva serait-il accepté et Marcaïn dévoilerait-il enfin le nom de son successeur ?

Ceux de la Lomy n’étaient pas des gens belliqueux, il leur arrivait bien de se quereller entre eux de temps en temps mais ces disputes n’avaient pratiquement jamais de conséquences et étaient très vite oubliées.
Mais depuis quelques temps, il régnait un climat assez malsain. La communauté avait accueilli deux couples provenant d’une communauté éloignée, celle des Nélons.
Ils avaient amené avec eux une certaine idéologie et certaines habitudes comme celle de vouloir donner une raison à chaque chose, ce qui n’était pas du goût de Marcaïn.
Avec lui, ceux de la Lomy s’étaient insérés dans le chaos de l’existence en acceptant d’ignorer ce qu’ils ne pouvaient appréhender. Il ne leur avait pas parlé de croyance, ni de divinité quelconque, préférant leur faire développer un sens aigu du temps présent.
Ils avaient donc une conception de la vie qui faisait que celle-ci avait une valeur telle que rien ne la surpassait.
Ôter une vie était le pire crime qui pouvait exister. Assez bizarrement, cette échelle de valeur ne s’appliquait pas à la faune piscicole, sans doute parce qu’un poisson n’émet aucun son lorsqu’il meurt.
L’idéologie de la Lomy commençait donc, au grand désarrois de Marcaïn, à se teinter de religion primaire, on commençait à parler de « grand créateur » et ce fameux grand créateur était censé avoir imaginé et donné une vie à tout ce qui respire sous le soleil.
Le vieux livre était familier de cette pensée pour l’avoir combattu dans sa première vraie communauté. D’ailleurs, n’était-elle pas celle des Nélons justement ?
Pour son opposition à ces croyances, il avait été banni de ceux des Nélons. Il s’en était suivi de longues années d’errance. Il avait dû faire de nombreux jours de marche avant de trouver un groupe humain qui n’était pas imprégné de ce qu’il qualifiait de superstition.
Il était donc passé par quelques autres communautés, se fixant plus ou moins longtemps avant de reprendre le chemin qui mènerait, il le pensait, à des gens sains et exempts de toute croyance infondée.

Il lui avait semblé que ceux de la Lomy étaient ceux-là.
Et ce sentiment avait vu sa confirmation dans un fait étrange : la présence des cavernes d’énergie et du plateau.
Ce lieu avait des fragrances familières, il l’attirait comme le feu attire les animaux nocturnes. Il était donc resté.
Et ce soir, il se sentait en sursis, la base saine qu’il recherchait semblait se miner. Insidieusement, la croyance s’installait à la place du savoir, la crédulité remplaçait la curiosité.

Et ce soir, le passé le rattrapait.
La communauté avait terminé son repas et commençait à s’organiser pour le conseil. Les enfants, peu intéressés par les débats purent profiter de l’aubaine pour prolonger, de nuit, les jeux de la journée sous la surveillance des plus âgés d’entre eux.
Seule parmi les enfants, Eline était restée dans la salle.
L’assemblée se disposa en demi-cercle, les plus vieux représentants faisaient face au reste des participants.
Il y avait, sur cette ligne, cinq vénérables vieillards, Marcaïn et Lortin, le père de Meki.
Œva était au bout de cette rangée, en retrait car encore étranger à la communauté. Il n’était mis en avant que pour que tous puisse le voir quand on en viendrait à la question de son acceptation au sein de ceux de la Lomy.

Lortin était un homme fraîchement arrivé, il n’avait pas vu plus de quatre crues de la Lomy et la raison de son départ de son ancienne communauté n’était pas connue, seules circulaient quelques rumeurs. Certaines faisaient état d’une volonté de l’homme à communiquer ses croyances à qui voulait bien l’écouter, c’est du moins celles qu’avait retenues le vieux livre.

Lortin devait avoir, en age, l’équivalent d’une centaine de crues, il paraissait en tout cas plus jeune que Marcaïn. Son visage affichait des traits d’une austérité profonde, les plus railleurs de la communauté le surnommaient « le désert du sourire », ceux-là même pensaient aussi que même assis sur une épine, il était impossible de modifier la courbe descendante de sa bouche. L’expérience avait été tentée, on s’était attendu à une scène de colère incroyable, mais rien ne se produisit, ce qui valu à Lortin le deuxième surnom de « cul de bois », lequel ne s’échangeait qu’à l’insu du principal concerné.

Pour le moment, point de railleries, ni d’épine, Lortin entama les débats, s’octroyant de fait le rôle de meneur, autre détail qui déplut à Marcaïn.

« Bonsoir. Nous sommes réuni ce soir pour débattre à propos de l’accueil d’un nouveau livre parmi nous. Nous en profiterons, comme nous le faisons maintenant régulièrement, pour demander à notre vénérable Marcaïn s’il s’est enfin décidé à choisir un successeur ! ». Il avait insisté sur la fin, employant même un ton proche de celui de l’ironie.
Marcaïn, le visage plongé dans l’obscurité de la capuche de sa tunique n’avait pas esquissé le moindre geste. Seul un vague reflet rouge se devinait au niveau des yeux.

Lortin continua : « Nous sommes tous d’accords pour dire que nos enfants ont besoin d’un nouveau livre, tant pour les surveiller que pour leur enseigner les vrais principes de la vie »
Cette affirmation provoqua un remous dans l’auditoire, tous ne semblaient visiblement pas de cet avis.
Lortin jeta à la ronde un regard noir, lourd de signification quant à ses intentions concernant ses éventuels détracteurs.

« Nous avons besoin d’un nouveau livre c’est un fait », reprit-il, « et voici qu’il s’en présente un, allons-nous le rejeter ? ».
Tous étaient d’accords avec lui, la communauté avait un réel besoin et Œva semblait le seul qui pouvait actuellement les aider.

« Bien, lève-toi Œva, que tous voient qui tu es ».
L’homme se leva et présenta son visage à l’assistance, personne ne dit rien, approuvant donc son entrée dans la communauté par le silence.

« Marcaïn, toi qui es parmi les plus anciens d’entre nous et qui représente aussi les plus jeunes par ta fonction, as-tu quelque chose à ajouter ? ».

Un mouvement de gauche à droite de la capuche donna sa réponse à Lortin : pas d’objection chez lui ou les enfants. Eline suivait le conseil avec beaucoup d’attention mais elle fut encore plus en alerte quand Lortin dit : « nous allons maintenant procéder à l’interrogation d’usage, Marcaïn, t’es-tu enfin décidé dans le choix d’un successeur ? Nous respectons tes vieux jours mais nous croyons qu’il te faut choisir rapidement si tu veux avoir le temps de retransmettre ce que tu dois à un futur livre »

« Nous croyons ! » explosa le vieil homme. Il n’avait pas bougé de sa position, assis en tailleur, toujours dissimulé par sa capuche. La voix avait été forte, presque indignée.

« C’est là le fond du problème Lortin, tu crois trop et tu ne sais pas assez et il fallait que quelqu’un te le dise avant que tu ne sombres dans la folie en entraînant tout le monde avec toi ».

« Mais ce n’est pas l… » bafouilla l’homme, consterné.

« Oh si, contrairement à ce que tu crois, c’est le problème, justement. Tu crois qu’en me forçant la main on en viendra à choisir celui que tu espères car tous nous savons que tu ambitionnes cette fonction pour ton fils, Meki »

Lortin était rouge d’une fureur contenue.

« Voila donc les fondements du problème : tu crois et tu ne sais rien. Pour cette raison et d’autres encore, je ne peux arrêter mon choix sur ton fils, en prenant le risque de produire un livre perverti par de fausses connaissances, un livre qui apporterait ta réponse tellement facile de « grand créateur » dès qu’une question difficile lui serait posée ».
Le mot était lâché, Lortin était au bord de l’apoplexie, la salle était partagée entre l’amusement et le doute, car la croyance avait commencé son travail de sape. Seule Eline jubilait, les yeux pétillants, ne perdant pas une miette des paroles diffusées par la capuche.

« Comment oses-tu bafouer ainsi le nom de notre créateur ? » hurla Lortin.

« Et quel nom prend-il ton fameux créateur ? Est-il fait comme nous ? L’as-tu seulement déjà vu ? »

« Il … et bien … », bredouilla Lortin

« C’est bien ce que je craignais, tu n’en sais rien, tu ne fais qu’ânonner bêtement ce que tu as entendu ».

Une certaine sérénité revint sur le visage du croyant, tout doucement, il dit « Ceux des Nélons avaient au moins le respect de ceci ».

Marcaïn partit d’un éclat de rire franc et clair « Alors pourquoi n’es-tu pas resté parmi eux ? Tu nous aurais fait grâce de tes pitreries ! ».

La réplique avait porté au-delà de ce qu’espérait le vieil homme, la communauté entière fut hilare, même Œva eut un sourire amusé.

Alors Marcaïn se leva et découvrit sa tête, dévoilant, dans le peu de lumière de la salle, deux rubis flamboyants où se situent habituellement les yeux des humains. Il n’était pas très grand ni imposant mais son regard et ses gestes félins impressionnaient n’importe quelle assistance.
Le silence revint.

« Plus sérieusement Lortin. Je ne t’en veux pas car je n’ai pas à t’en vouloir, mais ton fils n’est pas prêt pour me suivre et il ne le sera pas tant que tu instilleras à tous ce fatras d’inepties à propos de ce bon génie censé nous avoir tous enfanté. Je ne veux pas risquer de commettre d’erreur en te laissant imposer ces croyances dont ces hommes ici présents n’avaient pas eu à se soucier avant ton arrivée. »

Tous écoutaient … religieusement.

Il poursuivit :
« Depuis que je suis livre, j’ai pu rencontrer des êtres qui, comme toi, nourrissaient une telle ferveur a propos de personnages imaginaires. J’en ai vu se mutiler sans autre résultat que de devenir inapte à notre vie en communauté telle que nous la concevons, tout ça parce qu’ils croyaient que leur dieu le leur avait demandé. Je ne peux donc pas t’accorder ma confiance. »

« Mais à qui ira-t-elle ? » demanda une voix dans l’assemblée.

Marcaïn promena alors un regard plein de malice sur la communauté et dit : « mon successeur n’en est pas un. Cette personne se doit d’être la curiosité même afin de creuser les questions d’autrui, pour apporter la réponse la plus juste. Elle se devra aussi de placer l‘intérêt de la communauté au-dessus de celui de l’individu. » Il fit une pause.

« Mon successeur n’en est pas un et son nom ne sera pas Meki, car il me revient de choisir qui reprendra mon propre flambeau. Seul un livre peut déceler l’âme capable d’assurer cette fonction. »

Une nouvelle pause.

Une petite frimousse était on ne peut plus intéressée par ce discours qui allait enfin apporter une réponse à la question qui hantait son si jeune esprit.

Au centre de l’assemblée, Marcaïn continuait.
« Mon successeur n’en est pas un car ce sera « une » ».
L’assistance était consternée, jamais ils n’avaient entendu parler de livre-femme.

« Une femme ?? » s’indigna Lortin, semblant reprendre du poil de la bête en entendant ses pairs exprimer ce qu’il prit pour de la désapprobation.
« A-t-on jamais entendu cela ? Une femme devenir livre ? Ne voyez vous pas qu’il est trop tard, dit-il, se tournant vers les sages. Ne voyez-vous pas que notre Grand Créateur a déjà rappelé à lui la raison de notre vieux livre ? Ne vous avais-je pas mis en garde ? »

« Je ne doute pas que tu aies tenté d’injecter ton venin dans les esprits qui se présentaient à toi, mais pour te prouver que ma raison habite toujours ce corps, je vais t’exposer, par le raisonnement, justement, ce qui me pousse à faire un tel choix »

Le calme redescendit parmi la foule.

« Observez bien cette salle ! Si vous avez compris mon discours, vous devriez pouvoir sans peine expliquer à Lortin une des raisons de mon choix » dit-il, s’adressant à la communauté.

Il laissa un long silence s’installer.

« Personne ne peut me répondre ?
Alors je vais vous expliquer.
Ecoutez bien, tendez l’oreille : vous entendrez jouer nos jeunes enfants au-dehors.
Or il se trouve qu’il n’y en a qu’un parmi nous : Eline.
J’estime que si elle subit les disputes de ses aînés ce soir, on peut facilement penser qu’elle porte une attention particulière à la communauté. C’est cette fameuse attention que je crois indispensable à l’élaboration d’un bon livre. Ajoutez à cela qu’elle est curieuse, intelligente et respectueuse de tous et vous aurez la suite de la liste des qualités importantes.
Mon choix est donc arrêté et je souhaite qu’Eline prenne la suite de mon enseignement. Il ne doit me rester qu’une dizaine d’années à vivre, ce qui suffira largement pour ensemencer ce jeune esprit des graines de la passion de la connaissance ».

L’assemblée n’y trouva rien à y redire. Il y avait bien une petite silhouette qui s’était levé, les yeux un peu humides, mais à part cela, peu de réaction.

Un des vieillards en profita pour valider les paroles de la soirée et décréta qu’il était bien tard et que tout le monde devrait aller prendre du repos pour la journée du lendemain.

Marcaïn s’aperçu que Lortin avait déjà quitté la salle avant tout le monde. Il ne s’en formalisa pas et entreprit de repartir vers les cavernes d’énergie pour y passer la nuit, il avait eu son compte d’humains pour la soirée.

Mais c’était sans compter sur Eline, elle rejoignit le vieux livre, silencieusement, alors que celui-ci s’apprêtait à quitter la place du rassemblement.

« Que fais-tu là petite fleur ? Tes parents vont s’inquiéter s’ils ne te trouvent pas. »

« C’est moi le livre d’après alors ? »

« Oui, je l’espère, et seulement si tu le veux bien, il te faudra apprendre beaucoup de chose et passer de nombreux jours loin de tes parents, mais cela restera dépendant de ta décision. »

« Moi je veux bien », elle lui adressa un sourire, noya sa petite main dans celle du vieil homme.
Elle contempla un instant les étoiles en écoutant les bruits des fourrés voisins puis, sans plus de mots, elle repartit chez elle en trottinant à la manière des jeunes enfants.

« Soirée mouvementée n’est-ce pas ? »

Œva s’était approché pendant le tête-à-tête du livre et de l’enfant.

« Oui, je pensais que j’aurais eu beaucoup plus de difficulté à ridiculiser la parole de Lortin, mais la bataille n’est pas terminée, il va me falloir parler avec tous ceux qui auraient pu subir son influence pour estimer et réparer les dégâts qu’il aura causé dans leur esprit »

« N’aies crainte pour eux, ils semblent peu influençables, de toute façon, j’ai bien vu qu’ils avaient apprécié que tu te défasses aussi facilement de ce Lortin. En général, les hommes sont fiers des livres qu’ils possèdent et aiment les voir faire montre de leur habileté. Tu en as comblé plus d’un ce soir. »

« Merci »

« Je t’en prie.
Je voulais aussi te dire : puis-je passer les jours qui viennent avec toi ? Il me faut apprendre les habitudes de cette communauté et toi seul pourras m’aider dans cette tâche. Et puis c’est comme cela que nous fonctionnons, n’est-ce pas ? Les livres échangent leurs connaissances, c’est ainsi que cela se fait, non ? »

« Oui, sans doute ». Marcaïn comprit qu’Œva lui accordait sa confiance mais il sentit aussi que celui-ci voulait vivre comme son ombre dans les jours à venir.
Comme mon ombre … moi qui ne l’ai jamais vu !

« Où dors-tu ? »

« Généralement, je dors ici, à la bibliothèque, mais il m’arrive de passer des nuits aux cavernes d’énergie ».

« Les cavernes d’énergie ? Qu’est-ce ? »

« Ce sont des cavités creusées dans une paroi rocheuse, pas très loin d’ici. On les appelle comme ça depuis qu’un jour un enfant qui s’y était perdu nous a raconté avoir vu des lueurs et entendu du bruit au plus profond des boyaux de ces cavernes. »

« Et tu les as déjà vu ces lueurs ? »

« Regardes moi bien et dis moi si quelque chose ne te choque pas chez moi »

« Oui, il y a bien une différence au niveau de tes yeux, ils sont plus grands et changent de couleur entre le noir et le rouge »

« Et bien cette différence n’est pas la seule, mais c’est pourtant la seule visible à tes yeux. Je ne connais pas la nuit.
Au moment où je te parle, il peut aussi bien faire jour que nuit, j’y vois de la même façon. Je te distingue parfaitement dans les moindres détails. Une lueur proche n’est pas un élément que je vais percevoir, sauf si elle se détache nettement sur l’obscurité, auquel cas je pourrait commencer à discerner une différence de luminosité. A part le soleil, je ne distingue aucune source lumineuse ».

« Cette communauté ne devrait pas s’appeler « ceux de la Lomy » mais « les yeux-nuit » ou quelque chose dans ce goût là ».

« Et avoir un point commun avec les Nélons ? Ils sont stupides et cruels, du fait de leurs livres imbus de leur personne. Ils sentent mieux que tout le monde, certes, et après ?
Cela ne les rend pas plus intelligent, au contraire. Cette histoire de grand créateur en est un parfait exemple ».

« Qu’est-ce qui te permet de croire qu’ils ont effectivement tord ? »

« Mon expérience. Si une entité de ce genre devait exister, je devrais l’avoir vu au moins une fois durant ma longue vie ».

« Et si tu l’avais vu sans le savoir ? »

Cette dernière question d’Œva l’alarma, il craignait que ce livre soit aussi imprégné de ces superstitions ridicules.

« Ecoute, allons à ces cavernes et prenons du repos. Qui sait ? Il se peut que je te raconte l’histoire que je porte, peut être t’intéressera-t-elle ? »

Cette fois-ci, Marcaïn se méfia de cet homme qu’il ne connaissait pour ainsi dire pas. Ils se dirigèrent néanmoins vers les cavernes et s’installèrent dans une de celles qu’affectionnait le plus le vieux livre.

Les deux livres s’endormirent et ne furent troublés par aucun rêve.
 
   
Auteur Message
Fred
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Inscrit le: 30 Nov 2004
Messages: 4009
Localisation: On la vue ici sur y'ame

Posté le: Mar Juil 26, 2005 12:33 pm 
MessageSujet du message:
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J'aime bien l'idée du livre vivent. j'attac se wee ken
 
   
Auteur Message
Fred
Utopiste


Inscrit le: 30 Nov 2004
Messages: 4009
Localisation: On la vue ici sur y'ame

Posté le: Mer Juil 27, 2005 3:52 pm 
MessageSujet du message:
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La suite, la suite :AplozAlx: :AplozAlx:

J’attend la suite du livres Monsieur Ray avec patience, ça me passionne chef cette histoire ou la seul anomalie c’est le regard du livre.
J’adore le choix du livre pour le remplacer. *

Cordialement Fred.

PS) Je n’ai pas us la patience d’attendre le week-end pour attaqué la lecture. Razz
 
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