Les femmes pleurent. Seules. En silence. Les femmes pleurent dans la dentelle, la soie, le lin. Parfois une lamentation s'élève jusqu'à l'azur infini . Secrète, pleine, la plainte traîne sa douleur à travers les monts et les plaines. Vent tiède qui s'endort dans le creux des vallons. Frémissement d'un matin suspendu qui se veut éternel. Le piano joue de mauvaises notes grinçantes. Les femmes s'abandonnent, leurs yeux, rivières de perles, débordent d'un trop plein. La nappe verte de la prairie se tâche de pluie salée. Petite rivière fluette se répand sur le sol. Aucun éclat dans un sourire figé sur des souvenirs d'antan. Les perles de nacres sont pauvres de colories devant cette avalanche de larmes scintillantes parées d'émotions. Vent humide qui dépose un brouillard épais dans les sentiments. Tout devient flou, lointain. Juste une odeur de terre chaude trempée qui rappelle la saison de l'été. Saison où les prairies gardent des secrets intimes. Le temps passe. Le temps file.
Les femmes pleurent dans leurs mains pleines de laveurs . Silence dans un bruit sourd de sanglots. Mélodie mélancolique qui s'échappe pour se perdre dans l'infini.
Vent chaud sèche des joues trop humides. Les yeux restent gonflés malgré le faible sourire qui se dessine sur un visage qui semble figé comme une marionnette. Le regard perdu dans le lointain contemple le vide de l'immensité. Soupirs. Sanglots. Les images s'entrechoquent, les mots s'espacent. Les gestes se font lents.
Les femmes pleurent dans des mains débordantes de passé sulfureux, de présent épineux, de futur sans lendemain câlin. Le vent gémit une complainte dans les sapins verts . Le vent dépose délicatement l'arôme de sève sur les chevelures emmêles des femmes. Le vent s'hasarde à effleurer d'une caresse la nuque découverte des femmes pour consoler des chagrins délicats empreints d'impuissance. Demain matin au lever du jour où le soleil se lève à peine la rosée jalousera ces larmes de perles.
Le bonheur est encore loin......
Sirop d'érable