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Posté le: Lun Sep 12, 2005 8:27 am
Sujet du message: [serie] Un Livre - chapitre X |
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10 – Le journal (suite et fin)
Ainsi, mes yeux étaient le résultat de la volonté d’un autre !
Je ne savais que penser, partagé entre surprise et fureur contre celui, inconnu, qui avait ordonné ma modification.
Œva poursuivit.
« Voila une bonne demi-douzaine de repas que je prends seul, Eova a été emmené et n’a pas été ramené depuis. J’espère qu’on ne m’a pas séparé de lui définitivement.
Je réalise soudain l’étendue de ma bêtise : il y a peu, nous parlions d’évasion pour préserver nos vies et voila que cette ambition se voit éclipsée par une préoccupation moindre.
Je ne veux pas être seul.
Il n’est de pire geôle que la solitude absolue. Celle qui, silencieuse et austère, nous est servie ici est particulièrement pénible.
Trompons l’ennui et réfléchissons, le poison ne semble pas le moyen le plus accessible.
Cela implique qu’il sera sans doute possible de retrouver des traces dans nos organismes, donc de pouvoir remonter potentiellement jusqu’à d’éventuels complices.
Le point positif est que nous devrions pouvoir trouver ce genre de composé dans ces murs : nous avons tous été anesthésié au moins une fois.
Mais il reste ardu de se procurer ces composés, tout semble minutieusement surveillé, nous ne savons même pas si nos cellule sont équipées ou non de système de surveillance radiographique.
Ce procédé nous oblige aussi à faire des tests : tout le monde ne réagit pas de la même manière au molécules utilisées. Pouvons-nous nous risquer à faire de tels essais sans éveiller le moindre soupçon ?
J’en doute réellement.
Plus j’y pense et plus je crois que cette solution n’est pas la meilleure.
Prendre la place d’un garde : Eova l’a laissé entendre, il ne sera pas possible de tromper les divers éléments d’identification qui ne manqueront pas de se trouver tout au long du chemin vers la sortie.
Et puis nous ne sommes pas familiers des locaux en dehors de nos cellules et du peu d’espace que nous parcourons pour nous rendre à la bibliothèque ou aux salles de diagnostique, deux bleus perdus seront des éléments plus que suspects.
Pas de déguisements et pas de poison.
Il ne nous reste rien, nous sommes bel et bien bloqués.
Si seulement Eova pouvait nous donner ses facultés, on pourrait supporter plus facilement notre condition de cobaye !
En attendant, je guète le moindre bruit dans le couloir, ma seule raison d’être étant devenue ma visite quotidienne à la bibliothèque.
D’autant que des ouvrages de médecine s’y trouvent, peut-être trouverons nous mentionnée la substance dont nous avons besoin.
Les bruits de pas, ma cellule s’ouvre sur deux gardes.
La voix m’intime glacialement de me mettre debout et de plaquer mes mains sur le mur.
On me fouille, on me dirige vers la sortie, et nous reprenons le trajet habituel.
Nous entrons dans la salle de lecture, mes gardes me quittent selon le rituel immuable, je me dirige vers les revues et les publications médicales.
Je feins l’intérêt pour le sujet en empruntant deux gros volumes sur les maladies de peau, un sur l’anesthésie et un sur les techniques ancestrales de chirurgie (que diable peuvent bien faire ces ouvrages dans un lieu comme celui-ci ?).
Je feuillette nonchalamment quelques pages chargées de photographies atroces de morceaux de peau aux couleurs diverses et à la texture inégale.
J’embraye ensuite sur l’ouvrage traitant de l’anesthésie.
L’introduction de ce livre attire mon attention en reprenant une histoire assez vieille qui a permis d’établir avec précision les protocoles autorisés pour la mise hors conscience des patients au regard des actes opératoires.
Il y a quelques centaines d’années, des scientifiques s’étaient penchés sur les solutions de l’hypnose. Il était question d’étudier toutes les applications réelles de l’hypnose, suite aux découvertes du professeur Comanel. Celui-ci avait pratiquement mis en évidence une zone cérébrale qui agissait au niveau de l’autosuggestion.
Quelques scientifiques ont voulu étudier plus sérieusement la portée réelle de l’hypnose au regard des découvertes supposées du docteur Comanel.
Les résultats étaient étonnants, une trépanation avait pu être réalisée sans aucun recours à l’anesthésie classique.
La médecine s’est alors retrouvée dans tous ses états, d’un côté les comanelistes prônaient le droit à l’exercice de l’hypnose à une époque ou la tendance semblait être au rapprochement de la nature, alors que de l’autre côté, les chimistes hurlaient à l’hérésie en décrétant que seule l’utilisation de leur savoir devait être permis par la loi.
Les comanelistes eurent un appui inattendu en la personne de la femme de la plus haute autorité médicale de l’époque, elle dut subir une intervention chirurgicale pendant un épisode de pénurie de matière première. En soit, le mal n’était pas inconnu puisqu’il s’agissait d’une bête appendicite aiguë. Mais sans intervention rapide, la banalité aurait alors basculé dans la fatalité et il n’était pas question d’opérer cette pauvre femme sans anesthésique.
On eu donc recours au service d’un comaneliste, l’opération fut un succès. Mieux encore, la femme parla de choses qu’elle avait vu durant son hypnose, des choses qui suggéraient la possibilité d’une vie après la mort. Elle avait imaginé un étrange univers de lumières floues dont l’aura nimbait la terre. De temps en temps, une de ces lumières changeait graduellement de couleur et d’intensité pour finalement disparaître, comme avalée par la planète.
Il n’en fallait pas moins à l’époque pour enflammer les foules en mal de croyance, le comanelisme est pratiquement devenu une religion dont les adeptes entraient en transe par hypnose.
Jusqu’au jour où un commandeurs prit un tel contrôle sur ses disciples qu’il réussit à les amener à effectuer une marche sur des charbons ardents, les foules de badauds étaient en extase jusqu’au moment ou elles comprirent que le commandeur n’avait aucunement l’intention de faire effectuer des petites traversées aux pauvres commandés mais que son intention était bel et bien de les laisser griller vivant, ce qui arriva finalement.
Les chimistes finirent donc par obtenir gain de cause et les travaux du docteur Comanel furent répudiés, le comanelisme fut interdit et on ne fit plus confiance qu’aux seuls protocoles chimiques.
Cette seule introduction me fait bouillir sur place, nous tenons peut-être notre solution. Il me faudra attendre patiemment le retour de mon co-détenu préféré.
En attendant, je poursuis ma lecture, faisant mine de m’attarder sur certains articles.
Mes gardes se dirigent vers moi, le rituel reprend son cours, j’entasse les livres, je les laisse sur le bord de la table, je suppose qu’ils seront notés puis rangés.
Nous retournons en cellule, vide à mon arrivée.
Je ne me rappelle pas d’avoir vu Eova absent aussi longtemps, mais peut-être me trompé-je, je n’ai pas une notion précise du temps que j’ai déjà passé ici.
* * *
Mon voisin est enfin revenu, cela faisait au moins quatre repas depuis mes lectures intéressantes que je ruminais seul mes idées, je peux maintenant tenter de les lui exposer.
On nous apporte notre nourriture, nous mangeons en silence, comme d’habitude.
Une fois notre repas terminé, je ramène les deux plateaux maculés de bouillie vers la chatière où je les fais disparaître. Des bruits de pas derrière la porte me permettent d’imaginer des mains ramassant les deux objets pour ensuite les porter je ne sais où.
Nous entamons alors ce que nos gardiens doivent certainement prendre pour une sieste digestive.
Au bout de quelques minutes, je ressens les fourmillements familiers, nous entrons en communication.
Nous nous retrouvons sur la jolie petite plage ensoleillée, nous marchons dans le sable chaud, caressés par un faible vent.
Pour la première fois, c’est moi qui débute la conversation.
» - Le temps m’a paru long, tu m’as manqué !
» - Je sais, j’ai entendu ton impatience à longueur de journée et je dois dire que ton idée est séduisante mais dangereuse. Je n’y avais cependant pas pensé.
» - Tu penses donc que c’est possible ?
» - Oui, mais je n’ai jamais essayé ce genre de chose.
» - Mais là, maintenant, tu me fais bien voir ce que tu veux que je vois, tu commandes à mon imagination en quelque sorte, non ?
» - Oui …
» - Commander à un esprit ou à un organe ça doit être pareil à peu de choses près, non ?
» - Et bien non, sais tu commander à ton estomac ? Sais tu imposer ta volonté à ton cœur pour l’empêcher de battre ? Non, évidemment. Dans ce cas, tu comprendras que je ne saurais sans doute pas le faire non plus.
» - Mais alors, comment ces comanelistes s’y sont pris ?
» - Je ne sais pas, le fait est qu’ils ont réussi quelques prouesses mais c’était il y a plus de deux cent ans et on a préféré oublier ces secrets vu la tournure qu’ont pris les choses à l’époque.
» - Ils y sont donc arrivé, tu es bien d’accord ?
» - Oui, quoi que je ne puisse rien prouver, n’ayant jamais connu de comanelistes.
» - Faisons au moins des essais, essayons de réfléchir. Ils sont parvenus à inhiber certaines fonctions comme le toucher, ils ont plongé leurs patients dans des sommeils profonds, on touche du doigt ce qu’on cherche à faire. Je serais curieux de savoir quel est mon état, médicalement parlant, à l’heure actuelle : mon cœur a-t-il le même rythme que d’habitude ? Ma respiration est-elle profonde ? Est-elle seulement perceptible ? Comprends-tu ce que je veux dire ?
» - Oui, je comprends bien …
Je ne sais rien de tout cela, je n’ai jamais fait autre chose que partager mes ballades, disons que je n’ai jamais envoyé une personne seule dans mon imaginaire, je ne sais même pas si c’est possible.
» - Et bien essayons !
» - Oui, nous allons essayer …
» - Maintenant !
» - Que … oui, après tout. Je vais essayer de te laisser seul ici. Alors, nous verrons bien si ça fonctionne.
Du flou dans ma réalité, le paysage vacille, change légèrement de couleur. Puis, graduellement, le sable reprend son aspect et sa couleur, le vent, qui avait disparu, revient s’étendre infiniment sur la plage.
Tout à coup je me rends compte de l’absence d’Eova, cela fonctionnerait-il ?
De toute façon, je n’ai qu’une chose à faire : attendre.
Je marche alors vers l’eau. J’entreprends de patauger un peu dans les vaguelettes qui viennent s’échouer dans la silice. Le contact de l’eau me semble parfaitement réel, tout est fidèlement reproduit, jusqu’à cette impression de froid quand l’eau sèche sur la peau.
Le contact de l’eau …
Un contact que je n’ai connu qu’à de très rares occasions par le passé. D’ailleurs, comment Eova a-t-il pu avoir un souvenir d’une telle étendue d’eau ?
Je sais bien par les divers moyens d’apprentissage que nous possédons que notre existence doit tout à ces couveuses salées qu’étaient les océans mais je n’ai jamais posé les yeux sur autre chose qu’une représentation photographique de ces immenses plaines d’eau.
Existent-ils toujours ?
Je me rends compte que notre vie a été cantonnée dans des zones urbaines immenses, leur seule grandeur nous empêchant de les quitter.
Pouvons-nous vivre autrement ?
Où trouverait-on de l’eau en dehors des aliments que nous pouvons acheter dans nos villes ?
La question des océans me ramène à une autre curiosité. Je fais le rêve depuis des années de pouvoir voir un jour une pluie avant de quitter ce monde.
Je me souviens d’un tuteur dans ma jeunesse. C’était un homme sans envergure ni ambition. Il était effacé, ne jouant que son rôle de surveillant qui se limitait bien souvent à nous empêcher de nous battre ou de nous enfuir du pensionnat.
Il nous racontait, quand il ne se bornait pas à nous observer d’un air stupide et sans vie, une histoire qui semblait surgir des abysses du passé. Il évoquait une journée, toujours la même, où il vit tomber une petite ondée, la chose ne s’était jamais produite et n’a jamais reparu par la suite. Il nous faisait rêver en nous expliquant la sensation de cette eau tombant du ciel, l’odeur du sol après le passage de la pluie.
L’eau du ciel, un bien beau conte pour enfant.
Ma réalité tangue à nouveau, je reconnais les symptômes du retour à la réalité blanche, notre fameuse « cage départ ».
Sauf que la plage semble lutter âprement, elle ne semble pas vouloir s’éteindre aussi facilement.
Elle se stabilise, se calme.
Reparaît alors Eova.
» - Alors ? me demande-t-il.
» - Alors quoi ? C’est moi qui devrais te poser des questions, je paraissais endormi ?
» - Oui, faible respiration, pouls lent et régulier, j’ai voulu ensuite jouer avec ton rythme cardiaque, de manière à espacer les pulsations. J’ai pu noter un léger changement de rythme et je ne voulais pas continuer plus loin sans savoir si ces changements influaient ou pas sur ta conscience. Je venais juste vérifier.
» - Et bien tu me trouves en très bonne forme, je n’ai rien senti du tout.
» - Ah, bien. Je vais essayer de refaire la même chose d’ici. Ne te préoccupes pas de moi, fait un petit tour, je vais refaire la même opération et tenter de voir si cela influe sur ta conscience.
» - Entendu.
Je me détourne alors de lui, reprenant l’observation de l’étendue d’eau, est-ce réellement un océan ? Cela ressemble-t-il vraiment à ce que je vois ?
Si oui, où diable et surtout quand Eova a-t-il pu poser les yeux sur ce véritable don de la nature ?
» - Alors ? me lance-t-il.
Je me retourne vers lui.
» - Ca y est ? Si c’est le cas, je ne ressens toujours rien.
Impulsivement, je tâte ma jugulaire : je perçois une pulsation lente et faible. Mon rêve tiendrait-il compte de la réalité finalement ?
» - Est-ce que ce que je ressens actuellement est un reflet de la réalité ?
» - Je pense que oui, tu as conscience de ton organisme, tout en étant inconscient de tous ses processus. Mais le simple fait qu’une veine batte à proximité de tes oreilles peut influencer ton hallucination et apporter un élément réel à ton rêve. Le pouls que tu sens est très certainement un écho de cette fameuse veine, ou, mieux encore, il est directement inspiré par les vibrations créées par ton cœur dans ta cage thoracique.
» - Et je pourrais contrôler ce phénomène ?
» - Pas que je sache. Es-tu capable de soulever une poignée de sable sans aucune aide physique ?
» - Euh … non, ça a un rapport ?
» - Certainement, j’ai réussi à faire moduler ton rythme cardiaque grâce à mon chant, celui-la même qui te permet de voir cette plage et le reste du paysage. Je suppose qu’il te faudrait les mêmes capacités que les miennes pour que tu puisses gérer ton organisme toi-même.
Logique implacable qui me laisse muet.
» - Bon, on va s’en tenir la pour aujourd’hui, on poursuivra nos tests plus tard, en tout cas, merci à toi, j’envisage maintenant la possibilité d’une évasion à court terme, du moins, dans les prochains mois à venir.
Nous reprenons pieds dans notre cellule.
Je suis partagé entre le doute et l’impatience : y arriverons-nous ou sommes nous condamnés à disparaître anonymement sans avoir pu ressentir une dernière fois une réelle liberté de mouvement ?
* * *
Une vingtaine de repas nous ont été distribués depuis notre première expérience et notre affaire avance bien, Eova affirme que je parais réellement mort lors des séances d’hypnose : ma respiration est pratiquement indétectable, mon rythme cardiaque très lent et très faible, la température de mon corps semble en dessous des normales.
Bref, tout semble en place pour bientôt mettre notre plan en œuvre, il nous faudra cependant faire un test ultime. Il nous semble évident que nous devrons paraître cliniquement mort pour pouvoir être « liquidé », ce qui signifie qu’il faudra tenter l’arrêt de toutes nos fonctions vitales pour quelques minutes, exercice périlleux s’il en est.
Pour le moment, mon voisin est sorti, moi-même je devrais sans doute prendre le chemin des examens sous peu, il y a longtemps que je n’ai pas été ausculté.
J’appréhende tout de même cette expérience. Et si Eova perdait le contrôle et me laissait au seuil de la mort ?
D’autre part, aux dernières nouvelles, nous serons plusieurs à être du voyage, environ six. D’autres ont le même profil que nous, de pauvres types qui se sont retrouvés ici pour d’obscures raisons. Il n’y aura aucun de ceux que j’avais rencontrés lors de ma première visite à la bibliothèque. Ces types ne me plaisent pas, leurs manières reflètent parfaitement ce que je déteste, à commencer par leur vocabulaire à propos d’Eova. D’ailleurs, ce dernier n’est pas dupe, il sait parfaitement ce qu’on dit de lui.
De plus, notre programme va s’étendre à un autre groupe de sept prisonniers, nous devrions être treize à être liquidé sur une période plus ou moins longue pour ne pas éveiller trop de soupçon.
Il faudra que je demande l’explication à propos de ce terme « liquidé », je pense qu’Eova connaît les modalités de cette opération.
Je comprends maintenant mieux ce terme « liquidé » !
Eova m’en a expliqué le principe.
En fait, nous allons simuler la mort, le personnel de surveillance pratiquera alors la liquidation des corps, c'est-à-dire que nous seront expulsés par une canalisation destinée à débarrasser le centre de ses cadavres et autres bouts de corps.
Par contre, aucun lien avec le liquide, moi qui espérais m’évader au contact de l’eau …
Je reste cependant très méfiant envers l’avenir, je ne sais pas où nous mènera cette liquidation. Où débouchera-t-on ? Retournera-t-on en ville ? Ne tomberons-nous pas de Charybde en Scylla ?
Eova et moi, dans la cellule.
Je l’interroge sur ce qui nous attend.
» - Que verrons-nous lorsque nous serons liquidés ?
» - Nous devrions voir un monde neuf.
» - Un monde neuf ?
» - Oui, un monde que seuls connaissaient nos ancêtres. Un monde ou la nature n’est plus contrainte par l’homme. Où la vie dans son ensemble peut évoluer paisiblement.
» - Ces paroles ne m’évoquent rien. « Nature » ? Qu’est-ce ?
» - Simplement ce qu’il reste lorsque tu enlèves l’homme et tout ce qui découle de lui.
Maintenant je suis impatient, il me faut absolument voir ce monde neuf.
A ce propos, nous avons pu obtenir l’aide d’un laborantin, un ancien détenu qui a préféré rester dans le centre après avoir purgé sa peine. Cet homme a réussi l’exploit que nous attendions, il a pu nous fournir le poison tant convoité, il ne nous reste plus qu’à déclencher notre plan.
C’est pour aujourd’hui. Je suis tellement fébrile que je n’ai pas faim, il me faut pourtant manger, je dois ingurgiter la toxine qui me fera passer pour mort.
Le plateau est sur mes genoux, j’ai mélangé le poison au gruau, dans des proportions telles que nous l’a conseillé le laborantin.
Je prends une première bouchée.»
Je n’en pouvais plus. Ce récit me rendait fou, malade. Je sentais de vieux souvenirs remonter à la surface. Les couloirs de la prisons commençaient à revêtir le tissus de la réalité, je comprenais finalement très bien tout ce qu’Œva me lisait : j’avais bel et bien vécu tout cela !
Mais le plus horrible était que je voulais connaître la suite, je voulais savoir, combler ce vide qu’il restait entre mon évasion et ma « naissance » à notre monde. A ce nouveau monde.
Je comprenais la nature maléfique de Kortha, j’avais déjà parlé à ce Nélon, car j’en étais maintenant certain, il n’était autre que ce Corta de l’histoire, il avait fini par s’évader lui aussi.
Sa suffisance l’avait suivi, il était devenu ce livre sanguinaire et sans scrupules. Se souvenait-il de son emprisonnement ?
J’en doute encore.
» - Je suppose que nous avons réussi, dis-je a Œva. Sinon nous ne serions pas là, toi racontant et moi écoutant.
» - Oui et non. Nous n’avons pas réussi mais nous n’avons pas non plus échoué.
» - Je ne saisis pas.
D’un seul coup, une pensée terrifiante me vint : et si je n’avais vécu que dans une des hypnoses d’Eova ?
Je lui exposai cette crainte.
» - Non, fort heureusement, tu as eu une longue vie sans que j’y sois pour quoi que ce soit, répondit-il. Tu peux être certain de l’avoir physiquement vécu, ce n’était pas un songe.
» - Alors pourquoi parler d’échec ? D’ailleurs, comment peut-on réussir et échouer à la fois ?
» - Laisse-moi d’abord terminer mon histoire, je n’en ai plus pour très longtemps. Cela devrait même être moins pénible pour toi, car ce que je vais raconter maintenant n’a pas été vécu par toi. Je veux dire que je n’ai pas senti ce que tu as vécu dès les premières minutes de l’empoisonnement.
Il reprit alors son récit.
« Marcaïn tomba lourdement sur le sol. Il avait avalé la moitié de son repas, les choses difficiles commençaient pour moi. J’allais devoir le contrôler afin de supprimer tout témoignage de vie.
Je me tournais alors face au mur, comme j’avais l’habitude de le faire.
Nos gardiens ne furent pas longs à remarquer l’état de mon co-détenu. Ils entrèrent.
» - Encore un qui s’est un peu trop frotté à un de ces débiles, il ne mangera plus celui-la.
Quelle déconvenue ! Nous pouvions simuler une attaque, l’affaire nous aurait demandée beaucoup moins de préparation pour un résultat tout aussi efficace.
Au moins, ils bâcleraient sans doute l’autopsie, persuadés d’avoir affaire à une bête histoire d’incompatibilité d’humeur …
Je suivais mentalement le parcours du corps endormi de Marcaïn.
On le conduisit à la cellule médicale où, comme je l’espérais, on procéda à un rapide contrôle de ses fonctions vitales.
Mort clinique. On se décidait à le liquider.
Je relâchai enfin mon contrôle, laissant son organisme se réveiller petit à petit. Il fallait qu’il soit en pleine possession de ses esprits pour sa sortie !
Le médecin en chef plaça son corps dans l’ouverture d’un gros conduit cylindrique. Le cœur de Marcaïn repris son rythme normal au moment même où on libéra son corps. Il était en route pour la sortie.
Il me fallait maintenant m’occuper de la douzaine de détenus avec qui nous avions projeté de nous évader.
Sur ces douze personnes, quatre furent placés dans ma cellule, l’un après l’autre. Au moins, pour ces quatre hommes, nous pûmes reproduire la simulation d’attaque. Nous utilisâmes tout de même le reste de poison qui avait l’avantage de ralentir le métabolisme des fuyards.
Lorsque tous furent liquidés, je pus enfin tenter moi-même l’évasion, gardant juste assez de poison pour réussir ma tentative. Ni trop, ni trop peu. Je devais ralentir mon métabolisme tout en conservant la possibilité de contrôler mon corps par autohypnose.
Je relâchai mon contrôle lorsque je senti mon corps glisser dans le conduit.
Après ce qui me paru être un temps infini, je chus dans un bourbier immonde.
Le conduit débouchait sur une marre. Je fus complètement émerveillé par le contact de l’eau. Ma surprise fut courte cependant, car à l’eau se mélangeait une boue immonde et putride composée de terre, de sang et de bien d’autres choses que je préférais ignorer.
Aucune trace de mes compagnons de cellule. Je partis alors à leur recherche. Chemin faisant, je rencontrais des communautés. Je m’installais quelques semaines dans une d’elles, quelques mois dans une autre.
J’avais découvert ce système de livre. Un livre humain, voila qui n’était pas banal. Je décidais d’endosser ce rôle, me rendant compte du peu de connaissance de ces humains que je croisais au fil de mes déplacements.
Cela me permit surtout de vivre confortablement sans trop me fatiguer, je pouvais me consacrer à la recherche de mes compagnons perdus. Je pouvais même utiliser ce prétexte qui voulait qu’un livre se devait de voyager pour parfaire ses connaissances, pour rencontrer d’autres livres.
Il me fallu sans doute une bonne vingtaine d’années avant d’entendre la légende du couasard humain, l’homme que nulle ténèbre ne peut effrayer.
Il s’agissait d’un homme au regard de feu qui se jouait de l’obscurité. D’où son surnom.
Mais lorsque je découvris cette piste, elle était déjà froide depuis de longues années.
Je voyageais alors de communauté en communauté, désespérant de ne jamais retrouver l’homme au regard de feu.
Et puis un jour, par hasard, j’appris que la communauté de la Lomy recherchait un livre pour aider celui, très vieux, qu’elle possédait alors. » |
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| Auteur |
Message |
ludo90290 King of the weeeeeeeeek

Inscrit le: 10 Fév 2005 Messages: 1971 Localisation: CM
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Posté le: Mer Sep 14, 2005 9:34 pm
Sujet du message: Hein! |
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Suite est fin?
Il devait pas y en avoir 12? |
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