En fait, il y a surtout deux époques à l'inquisition où l'on peut nuancer notre jugement, elles concernent le haut Moyen Âge et le bas Moyen Âge. La chasse aux sorcières n'est pas un mythe et elle couvre les deux époques. Il faut savoir tirer des leçons de l'Histoire, le parcours du prêche catholique a engagé un processus de répression et de discrimination qui s'inscrit au registre des actes barbares infligés à des populations au cours du temps. Aujourd'hui, toute idéologie à pu exprimer son autorité au travers du pouvoir. De l'hindouisme au communisme, d'un système de castes à un système dogmatique, la société s'en est trouvée brimée et étouffée. Le pouvoir a toujours tenté d'avancer en revendiquant une morale et une idéologie particulière, souvent il a recourt à la religion pour s'en donner la légitimité. Hors des concepts de secte et de métaphysique, la religion a-t-elle encore un intérêt dans l'avenir et l'évolution de nos sociétés dites civilisées ? Le catholicisme est un bon exemple pour étudier cette perspective. L'Homme médiéval place la religion, l'onirisme, les légendes tels qu'ils étaient représentés dans la société du haut Moyen Âge. Rien de ce qui était dit n'était perçu autrement que comme des réalités. Les mots avaient le sens que l'on voulait bien leur donner.
I. La formation de l'État religieux :
D'abord, il est intéressant de noter la fonction propre à l'inquisition et son installation dans la société médiévale. Le "rendre justice" au Moyen Âge renvoie à deux instances intimement liées, qui ont organisé son développement tout en se définissant le rayon d'action sur lequel chacun d'eux pouvait agir. En premier lieu et au nom du droit divin, le pouvoir fut donner au seigneur, lui-même étant le porte parole d'un roi dont la légitimité était donnée de Dieu. Ce porte parole est alors le seul à appliquer la justice. Dans un deuxième temps, le religieux s'établit comme unique défenseur de la loi divine, Rome en étant le point névralgique. Les deux ont évolué de concert en installant le pouvoir et la foi catholique.
Nous avons donc un Roi et un Pape qui se disputent un pouvoir identique tout en se revendiquant du même dieu. Ce qui obligea extrêmement vite la papauté à mettre en œuvre le bras séculier de son inquisition, de partager avec les nations chrétiennes ne fut pas chose facile, la religion n'a à ce jour plus aucun pouvoir exécutif et à l'époque, si toutes les prérogatives des papes n'étaient pas suivies, elles devaient aussi justifier aux rois de leur bienséance. Ensuite, le crime devait être décrit jusque dans sa motivation, ce qui conduisait les accusés à répondre à deux types d'inculpations.
Considérons alors la justice interprétée par l'inquisition et son Office Sacré. Comparons la à la justice divine et à celle du roi. Le combat singulier, par l'arbitrage divin, rendait justice des conflits de voisinage et de désaccords profonds. L'ordalie dit qu'il est juste de ce qui arrive. L'État médiéval use de justice répressive arbitraire et intègre le consensus populaire. Elle trouve des coupables, use de la torture afin d'obtenir l'aveu, elle offre des supplices publiques, elle expose des cadavres. Il s'agit d'autorité et non de justice. L'inquisition, pour sa part, forme des dogmes sur ce qui est juste, sur ce qui est propre et humain. Raisonnant ainsi, elle érige des canons auxquels se réfère l'inquisiteur. Il y a une différence notable, car ici, l'inquisition perd cette notion d'arbitrage. Il ne s'agit plus de légiférer sur le crime, mais de discriminer l'individu.
Les bornes une fois posées, l'appareil de justice papale fonctionnant dans la société chrétienne n'est plus une justice divine, mais une espèce de prêcheur infernale qui trie au volet et galvanise les foules. L'inquisition est d'abord un instrument de pouvoir, elle traque tout autre pensée que la foi catholique, elle brule tout ceux qui soignent d'une autre façon que celle décrite par l'Église. Les périodes successives du Moyen Âge ne voient que se durcir les positions ecclésiastiques et les dérives politico-financières ne feront que s'amplifier.
Peut-on maintenant considérer que l'inquisition était une tempérance des mœurs de l'époque ? Après une investigation solide, aucun historien ne se permettrait de le dire. En effet, si les mises à mort en justice d'État étaient rares, celle de la religion furent nombreuses et fréquentes.
Lien sur la justice d'État :
http://www.cvm.qc.ca/glaporte/crimes.htm
Doit-on, objectivement, imaginer l'inquisition comme une solution à l'hérésie et au pêché qui envahissait la chrétienté ? Cela me parait absurde pour la bonne et simple raison que c'est justement l'inquisition qui à freiner l'épanouissement de la foi chrétienne. D'autant plus que la foi médiévale n'est pas à démontrer, elle reste par contre à décrire.
Je me base dans mon propos, sur le procès des templiers qui furent condamnés au bûcher pour hérésie. Mais aussi et surtout sur les livres de Jean Flori, Michel Pastoureau ; de même, évidemment, Jacques Le Goff sans qui le médiéval resterai encore et toujours une période sombre de notre histoire... "Un long Moyen Âge".
Liens sur l'époque :
http://www.lepoint.fr/dossiers_societe/document.html?did=145601
http://livres.lexpress.fr/entretien.asp/idC=8701/idR=5/idTC=4/idG=0
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2004/legoff/
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(Extrait) Michel Pastoureau - "Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental"
LES PROCÈS D'ANIMAUX - Une justice exemplaire ?
Longtemps les historiens ne se sont guère préoccupés de l'animal. Ils ont abandonné celui-ci à la "petite histoire", comme ils avaient l'habitude de le faire pour tous les sujets qui leur semblaient futiles, anecdotiques ou marginaux. Seuls quelques philologues et certains archéologues s'étaient intéressés à tel ou tel dossier spécifique au sein duquel l'animal pouvait être concerné. Mais lui consacrer une étude à part entière ou un véritable livre était proprement impensable.
Depuis un vingtaine d'années, la situation a changé. Grâce aux travaux de quelques historiens pionniers, au premier rang desquels il faut citer Robert Delort, [...] Envisagé dans ses rapports avec l'homme, l'animal touche à tous les grands dossiers de l'histoire sociale, économique, matérielle, culturelle, religieuse, juridique et symbolique.
Le Moyen Âge chrétien face à l'animal
Malgré cette apparente attitude de rejet, il faut souligner combien les clercs et la culture médiévale chrétienne dans son ensemble sont curieux de l'animal et comment s'expriment à son sujet deux courants de pensée et de sensibilité apparemment contradictoire. D'une part il faut opposer le plus nettement possible l'homme, qui a été créé à l'image de Dieu, et la créature animale, soumise et imparfaite, sinon impure. Mais d'autre part il existe chez plusieurs auteurs le sentiment plus ou moins diffus d'un lien entre les êtres vivants et d'une parenté — non pas seulement biologique mais aussi transcendante — entre l'homme et l'animal. [...] Cette attitude, (en parlant de la seconde) dont l'exemple le plus célèbre se trouve chez François d'Assise, tient peut-être son origine dans plusieurs versets de saint Paul, particulièrement dans un passage de l'épitre aux Romains : " La créature elle-même sera libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. "
S'interroger sur la responsabilité morale des animaux ouvre l'important dossier des procès qui les conduisent au tribunal à partir du milieu du XIIIe sc. Malheureusement, malgré leur immense intérêt, ces procès d'animaux attendent encore leurs historiens. Longtemps ils ont été, eux aussi, abandonnés à la " petite histoire ", souvent à des publications destinées à un public friands d'anecdotes, tournant en dérision les mœurs et les croyances des sociétés anciennes. Attitude parfaitement anachronique, qui montre que parfois l'on n'a rien compris à ce qu'était l'Histoire.
Au début de l'année 1386, à Falaise, en Normandie, eut lieu un évènement pour le moins insolite. Une truie âgée d'environ trois ans, revêtue de vêtements d'homme, fut trainée par une jument de la place du château jusqu'au faubourg de Guibray, où l'on avait installé un échafaud sur le champ de foire. Là, devant une foule hétérogène, composée du vicomte de Falaise et de ses gens, d'habitants de la ville, de paysans venus de la campagne alentour et d'une multitude de cochons, le bourreau mutila la truie en lui coupant le groin et en lui tailladant une cuisse. Puis, après l'avoir affublé d'une sorte de masque à figure humaine, il la pendit par les jarrets arrière à une fourche de bois spécialement dressée à cet effet, et l'abandonna dans cette position jusqu'à la mort survînt. Ce qui arriva sans doute rapidement car des flots de sang coulaient des blessures de l'animal. Mais le spectacle ne prit pas fin pour autant. La jument fut appelée et le cadavre de la truie, après un simulacre d'étranglement, fut attachée sur une claie afin que le rituel infamant du trainage pût recommencer. Finalement, après plusieurs tours de place, les restes plus ou moins disloqués du pauvre animal furent brulés. Nous ignorons ce que l'on fit des cendres, mais nous savons que quelques temps plus tard, à la demande du vicomte de Falaise, une grande peinture murale fut exécutée dans l'église de la Sainte-Trinité afin de conserver la mémoire de l'évènement*.
*Lien expliquant l'histoire curieuse de cette fresque
http://www.bmlisieux.com/normandie/braque01.htm
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Faut-il parler le l'excommunication des mouches lors des périodes de famine et de maladie, du procès pour l'âne qui mit le sabot dans le champ de son voisin et qui fut écartelé en lieu et place de son propriétaire absent ? Au même titre que l'État, la religion chrétienne rend justice divine en répondant à une demande populaire, elle dresse des dogmes moraux en droits canons qu'elle érige sur des bases prosélytes. Elle rationalise ainsi l'irrationnel. La religion se démarque alors de l'État, elle incrimine l'individu le rendant coupable a priori. S'éloignant du culte et du domaine de l'âme, la religion catholique forme l'appareil qui permettra à l'État monarchique d'assoir son pouvoir tout en prêchant sa religion. Ce sera également sa perte, par la fin de l'inquisition dès la Renaissance jusqu'à la séparation de l'Église et de l'État à la Révolution Française. La religion saurait-elle garder son sens en se départissent de tout domaine répressif ? Les réponses se trouvent dans les traces de l'Histoire.
II. La déstructuration d'un ordre établi :
L'Europe occidentale subit les attaques barbares depuis plusieurs siècles lorsque l'Empire Romain s'effondre. Les dieux celtes ou romains, les légendes et les croyances populaires se mêlent de façon homogènes dans la tradition, ceci créant un univers mythologique nouveau. Le christianisme émerge alors dans une société cosmopolite et variée. Tel un entonnoir, cette religion va reprendre toutes les mystifications léguées par Rome. La foi catholique n'a de cesse de réinterpréter son message afin de le raccorder à un consensus majoritaire. Ayant convertit la plupart des régions européennes, il lui faut alors, imposer son réalisme religieux. Une base des inculpations pour hérésie se trouve dans le médicale, une autre dans les rapports amoureux. La femme y joue un rôle prédominant.
La femme n'a pas un statut identique dans la société celte (gauloise, franque, saxonne) et dans la société romaine. Considérée dans la première comme un égal civile à l'homme, dans la deuxième elle a un rôle restreint mais respecté. Le christianisme en apportant la valeur de péché, va entériné la conception misogyne et d'erreur de la nature dans les fondements de la pensée médiévale. Si l'inquisition, dans un souci théologique, veut faire respecter le droit terrestre en invoquant Dieu, elle contestera à la femme son droit de témoignage et de parole. La chasse aux sorcières qui couvre le Moyen Âge montre assez bien les paradoxes qui ont instauré un climat de suspicion et de terreur face à l'inquisition.
La magie et la médecine seront autorisées, ou plutôt tolérées par le catholicisme dans la mesure où celles-ci sont uniquement produites par des hommes. Dès que la femme pratique la divination ou la médecine, elle se verra immédiatement taxée de sorcellerie pour finir sur la paille. Il suffisait d'une dénonciation à l'évêché du canton pour que cela implique immédiatement la traduction de la personne incriminée devant les tribunaux d'inquisition. Le fameux alchimiste expérimentant avec la matière et philosophant avec l'esprit fut quant à lui considéré comme le scientifique de son époque. Seul le résultat de son travail était contrarié par la religion si celle-ci y trouvait à redire, mais il était aussitôt convaincu d'hérésie et sans rétractation, il finissait lui aussi sur la sellette.
Il ne s'agit donc aucunement pour l'inquisition de remettre en cause le progrès ou les comportements tant qu'ils ne s'opposent pas aux dogmes religieux. La femme en est l'exception puisqu'elle bénéficie par définition d'un rôle de corruptrice maligne à la solde du malin. Elle pourrait réinventer la roue ou le chauffage collectif qu'elle serait aussitôt inculpée pour hérésie. Le génie, la science sont des principes réservés à l'homme relevant du domaine de l'âme, la femme en étant dépourvue. La culture, la connaissance, le jeu, les arts lui sont interdits par l'Église, mais on tolère cependant la femme et on lui accorde une vie non soumise si elle est une noble. La règle des échecs retient l'attention dès le moment où la religion s'en empare. En effet, tous les mouvements et les principes du jeu seront décrits et aménagés par l'Église. La reine se verra infligée d'un déplacement minime et sera interdite de prendre d'autres pièces, le roi y trouvera le droit de se déplacer en droite ligne, les déplacements diagonaux seront réservés uniquement aux fous. Ce jeu sera quoiqu'il en soit bannit d'un comportement sain, le jeu de dès, dont faisait parti les échecs de l'époque, étant des jeux de hasard et associés au Diable. Ce qui pouvait alors sembler pour être des détails anecdotiques se révélèrent être des charges lourdes versées aux dossiers d'accusation.
La difficulté pour l'ordre religieux à garder son pouvoir dans la société du Moyen Âge devient particulièrement ardue puisqu'elle consiste à marginaliser tout ce qui ne relève pas du culte et est inadéquate à la propagation du message christique. La mentalité populaire va inclure d'elle-même le paradoxe catholique dans son rapport avec l'Église jusqu'au conflit qui finira de retirer à Rome le moindre pouvoir exécutif. La prétention du Vatican de légiférer sur les rapports de l'Homme avec sa nature terrestre permettront l'émergence de nombreux conflits civils qui finiront de rendre caducs les préceptes de l'Église Catholique Chrétienne aux yeux du peuple. Nous avons tout d'abord l'aspect éthique que l'Église a dressée autour des relations amoureuses. L'acquisition d'une place au paradis relève de l'impossible pour le commun des mortels, l'extrême onction permettra cependant de sauver un bon nombre de catholiques des flammes de l'enfer. L'acte sodomite extrêmement réprouvé par le droit canonique, reste dans l'inconscient collectif du Moyen Âge, le signe cognitif pour nommer l'ecclésiastique. Le "bon bougre" est souvent l'apanage du bon moine vêtu d'une robe, une aube. Mais c'est la science qui aura raison de l'inquisition. Galilée et sa théorie d'une Terre ronde tournant autour du Soleil vient à point nommé pour remettre en cause les fondements des proscriptions religieuses. Darwin, s'il ne remet pas en cause l'existence de Dieu, porte un coup fatal à la notion d'une femme pècheresse et maudite.
La femme n'a, par conséquent, pas le droit de citer dans la société religieuse médiévale, la médecine est réservée aux gens d'église, la noblesse féodale profite d'une exception par rapport aux communs. Le climat de répression s'accroit au fur et à mesure que l'inquisition se démocratise. Une terreur s'applique systématiquement là où l'hérésie s'installe. Les exclusions du monde catholique, et dans la vie et dans la mort, sont de plus en plus fréquentes. Le baptême, la rédemption, la confession sont souvent des gratifications dévolues dans la torture jusque sur le bûcher. Si la justice médiévale laisse diriger son courroux par la vindicte du public en accordant la grâce lorsqu'elle est majoritairement demandée, les peines prononcées par l'inquisition sont définitives. Forgée au côté de la justice d'État, la justice du Vatican sert le pouvoir des rois. C'est lorsque la bourgeoisie accède au pouvoir que celle-ci va tout faire pour réduire la capacité de l'Église. Ainsi, les Médicis vont participer à la fin de l'inquisition en se faisant les promoteurs de l'Art laïque jusque-là interdit. Cependant, l'Église s'arroge le droit de censure sur les publications imprimées qui commencent à se multiplier dans les réseaux philosophiques et scientifiques.
Le cinquième concile de Latran marque la fin du Moyen Âge et le début de l'essore des empires monarchiques d'Europe. Le schisme provoqué par Philippe Le Bel avait déjà entamé de désacraliser l'image papale dans l'esprit populaire. Jean XXII, Pape alchimiste, reniera ses croyances sur son lit de mort. Mais ce qui va de paire avec la Renaissance est ce qui touche au génie dans l'Art et aux pêchés capitaux dans la religion ; c'est le huitième péché capital, c'est un péché mortel qui ne satisfait personne chez les penseurs de cette époque charnière. La mélancolie, dite "bile noire", est source d'inspiration pour les artistes, elle est source de conflit intérieur pour la religion qui la nomme comme le pire des maux de l'âme humaine. La mélancolie détourne les hommes du chemin qui les mènent vers Dieu. L'Église est non seulement crainte et désacralisée, mais elle doit revenir sur ses dogmes et sur ses fondements philosophiques. Jusqu'au Siècle des Lumières, sa démarche sera de réintégrer les nouvelles avancées scientifiques dans son message christique.
La période qui suivie fut un retour à l'ordalie franque, la chapelle du sang bleu et noble alliant légitimité de droit divin et pouvoir inaliénable, elle confirma les monarques dans l'exercice de leur autorité suprême. L'Église ne pouvant plus s'opposer aux rois, elle vit ceux-ci s'accaparer l'inquisition comme instrument de pouvoir et la plus dure sera sans aucun doute celle pratiquée en Espagne et où le Saint Office n'avait plus la moindre résonance. Période charnière à plus d'un titre, puisque plus rien ne distinguait l'inquisition du système répressif arbitraire des rois, la politique absorbait alors toutes les formes de punitions. L'Église devint, ou redevint le lieu de prière et de lamentation, l'organe de confession des pécheurs. Seulement, elle gardait les terres et l'impôt qui finissait d'étrangler le peuple en période de disette. Elle ne se releva pas de la Révolution Française.
Successivement, elle perdit l'essentiel de son domaine, de sa manne financière aussi bien que son pouvoir politique et exécutif. Qu'a-t-elle gardée d'original et de particulier ? Comment reste-t-elle providentielle pour des millions de gens ?
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(Extrait) 25 Fabliaux éd. Gallimard
Fabliau des chevaliers, des clercs et des vilains - Anonymes
Deux chevaliers chevauchent. L'un monte un cheval gris pommelé, l'autre un cheval pie. Ils trouvent une clairière, entourée d'arbres, ombragée par les feuillages, tapissée d'herbe et de fleurs. Ils se sont arrêtés un instant.
L'un dit à l'autre : " Mon Dieu, comme il serait agréable de manger là maintenant ! Si on avait un tonnelet de vin, de bons pâtés et autres apprêts, ce serait plus délicieux que dans une salle devant une belle table."
Puis ils s'en vont.
Deux clercs se promenait. Quand ils ont aperçu ce bel endroit, ils ont parlé comme le font les clercs et l'un a dit : " Si l'on se trouvait ici avec la femme aimée, comme il serait agréable de s'ébattre avec elle. "
" Il faudrait avoir le cœur bien veule et lâche, fait l'autre, pour ne pas en prendre son compte. "
Ils ne restent pas là davantage.
Deux vilains s'y sont précipités. Ils revenaient d'un marché, chargés de paniers et de pelles. Quand ils se sont assis dans ce bel endroit, ils se sont mis à parler selon leur manière habituelle.
L'un dit : " Sire Fouchier, voyez comme ce lieu est beau pour chier ! Chions-y donc à l'instant, mon cher compère ! "
" D'accord, fait l'autre, par l'âme de mon père ! "
Alors chacun se mit en devoir de chier.
Il ressort avec force de cet exemple que le vilain ne connait décidément que le plaisir de chier. Et parce que les vilains souillent tous les beaux endroits et qu'ils y chie par plaisir et par amusement, je voudrais, par la foi que je dois aux parrains et aux marraines, que le vilain chiât par les narines.
J'aurai beau dire tout ce que je voudrai, personne n'est vilain que par ses intentions profondes ; est vilain celui qui se conduit en vilain, quelle que soit sa haute naissance. Que Dieu vous préserve de la bassesse et protège toute l'assemblée.
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III. Le paradoxe catholique :
Dès lors que le christianisme prend pieds dans la civilisation du bassin méditerranéen, une profusion de fidèles s'attachent à ses préceptes pour conquérir l'Europe entière jusqu'aux frontières de l'Asie et de l'Orient. L'ordre de Dieu se supplante à l'autorité de l'Empire Romain et tous se rallient à l'Église de Rome. Rapidement, une seule chose existe au delà de la raison du plus fort, c'est la raison du Christ rédempteur ressuscité pour nous sauver. Elle va permettre de stabiliser une transition houleuse et incertaine, alors que les barbares venus de tous les horizons sèment le chaos et la désorganisation sur leur passage. La féodalité, on l'a vu, s'est imposée comme la solution évidente à l'élaboration de la société médiévale. Mais si la servitude est appliquée par le seigneur, elle est régulée par l'Église. De même, le protectorat s'instaure en une tripartite insécable, le clergé, la noblesse et le Tiers état, qui prit sa forme officielle aux environ du XIV
e sc. en comprenait déjà les principes aux premières heures du premier millénaire.
Le seigneur se doit de protéger ses terres et celles de son suzerain. Dans le même temps il se doit de veiller à la protection de ses gens, lesquels pourraient se retourner contre lui. La meilleur approche dans un monde féodale était de s'attirer la sympathie afin de résister au mieux aux incursions de l'ennemie. L'Église joue ici un rôle important en canalisant les énergies populaires vers le travail et l'abnégation. Elle allège la souffrance, redonne espoir, sermonne le mauvais sort en exorcisant les terres arides ou stériles comme elle le fait en sanctifiant les âmes et en bénissant les nouveaux nées. Au fil des siècles, la religion catholique a su rapidement tisser un relais de lieux qui marque les bornes du Saint Empire Romain et de la France Occidentale qui rayonnera dans toute l'Europe jusqu'en Syrie, de Jérusalem à Constantinople.
Le clergé s'organise dans le respect du culte et de ses recommandations tout en prodiguant autour de lui le maximum de soins aux populations démunies. Il organise aussi les rapports sociologiques, il dispense l'enseignement des lettres, s'occupe de la veuve et de l'orphelin. Il ouvre la porte et le gîte le long des parcours de pèlerinage, c'est l'ossature qui structure les routes et les relais en fabriquant des bourgs, lieux de vie et de communauté. Il prend en charge le domaine curatif et hospitalier, développe l'agriculture et l'irrigation, entretient les vergers et les vignes. Le clergé détient et transmet la connaissance. Son contact avec la population est donc particulièrement prégnant. Quelle use d'autorité ou de bon sens, la religion commence par établir une relation de maître professeur et bienfaiteur auprès de ses fidèles. S'il punit d'un côté, il donne de l'autre. Mais la rupture amorcée au XIII
e sc. figea cet élan généreux dès le XIV
e sc. plongeant le beau Moyen Âge dans une ère d'austérité, de culpabilisation et de châtiment pendant que la guerre, les famines et les épidémies ravageaient les campagnes.
Le Tiers état se retrouve dans un étau où l'expression "entente cordiale" n'est pas un euphémisme. Les bourgeois, souvent regroupés au centre ville, sont repartis par confréries auxquelles on octroie la pratique de tel ou tel exercice de métier. On détermine, à l'aide de critères religieux, quels sont les bonnes façons de rendre son labeur et aussi on impose le rendement comme la qualité. Le moindre désaccord finissait souvent en bain de sang. Le culte flamboyant des églises décorées d'enluminures, de bois sculptés, de tapisseries et de grandes orgues de l'an mille laissent place aux façades dépouillées de leurs couleurs, les chants et la musique emmurés derrière les cloîtres. Le catholicisme accumule toute la fortune de l'Occident, cependant, il fait de la foi une guerre morale et rigoureuse. Il légifère sur le désir, le plaisir, le mariage. Les mœurs sont brimées, l'obscurantisme de la foi pose le sacrifice en pierre angulaire de son architecture théologique. Les jongleurs et les troubadours disparaissent, les chevaliers sont remplacés par des mercenaires sans noblesse, les léproseries deviennent les seuls dispensaires. Alors, l'inquisition n'a plus qu'à passer sa main sous le regard des croyants pour que tous soient certains que l'ordre est bien établi. Elle prend, mais ne donne plus.
Comment imaginer que les théologiens, qui furent les mêmes qui fondèrent l'inquisition et qui traduisirent la parole divine, puissent représenter la Sainte Église Catholique Romaine d'aujourd'hui ? Que ce sont les Papes, souvent placer par intérêt politique, qui ont développé la philosophie catholique tout en légiférant sur les choses de l'Homme ? Pourtant, rien n'est aussi simple, la religion détenait une richesse unique dans l'univers médiéval.
IV. Une église maitresse du jeu :
Dès l'effondrement de l'Empire, l'Église chrétienne se supplanta à la hiérarchie militaire antique. Déjà, à l'heure barbare, chaque bourg des zones rurales d'Europe abritait une chapelle. Le clergé développa l'enseignement, l'agriculture, tout en contenant l'excès bestial des rois en gestation. Elle contra aussi le paganisme traditionnel qui affolait le peuple. Pour mieux réussir, elle conserva l'exclusivité de la publication et distilla le savoir tout en le rendant accessible à de nombreux érudits. Le catholicisme fût humain jusque dans le crime. Évidement pas pendant le crime... Était-ce alors réellement l'Église, le peuple réclamant la punition et l'infamie pour le coupable, les jacqueries se montrant de plus en plus violentes, l'Église avait-elle le choix ? Dire enfin que la clémence d'un peuple qui attend l'apocalypse dès demain ou surement aujourd'hui ne peut raisonner le pardon dans la plénitude de la grâce. Clairement, le mal devait fuir ou périr.
Le catholicisme moderne semble chercher le Graal de son avenir. Son travail quotidien, s'il n'y avait le prêche, ressemble à celui des ONG internationales et aucune nouvelle bulle papale ne saurait fédérer l'humanité autour d'un repas christique illuminé et rédempteur. Aucune religion ne saurait le faire. Néanmoins, sa position pourrait changer. Brimée par le pouvoir laïque, la religion saurait-elle briser ses chaines, se détournerait-elle du culte du pouvoir pour se tourner vers Dieu qui lui donnerait alors la clé d'un lendemain ? Deviner l'avenir est une science qui n'appartient pas à l'homme, croisons les doigts et regardons...
Patrator