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Leutromo-V Créatrice/Créateur d'idéologie
Inscrit le: 04 Oct 2006 Messages: 360 Localisation: ca depend du moment, mais habituellement, pres de paris, dans le 93
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Posté le: Jeu Oct 05, 2006 8:57 am
Sujet du message: fracture du myocarde |
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" Je suis qui je suis" a dit un jour le vieux bonhomme.
J'étais bien aise de l'apprendre, lorsque ce message finit par parvenir a mon insignifiante petite personne.
Mais qui est-il vraiment ?
Existait-il seulement ?
Peut m'importe à présent, tout m'est devenu sans goût et inutile.
Non pas que je chus dans un état dépressif que seuls connaissent ceux qui n'entrevoient la fin que comme solution, mais bel et bien parce que cette fin me paraît inéluctable à présent que je ne puis plus me cacher.
J'ai toujours aimé les promenades champêtres, marchant dans des sentiers peu visités, au milieu d'une nature qui me donne l'illusion de reprendre ses droits.
N'étant plus tout jeune, j'ai depuis peu le loisir de me faire plaisir plus qu'un peu plus souvent. Après une vie a travailler, enfermé dans un atelier de confection, les oreilles pleines du grondement des machines a coudre, le nez plein des fibres textiles en suspension dans l'air et de l'odeur de l'huile lubrifiant les rouages de nos machines.
Depuis peu, donc, j'ai quitté la Grande Ville pour me cacher dans un tout petit hameau.
Je n'ai pour ainsi dire pas de voisin. Il y a bien le vieil Ernest, habitant dans une des dernières maisons jalonnant la petite route peu fréquentée venant d'on ne sait où et allant se perdre très certainement quelque part. Mais Ernest est encore plus vieux que moi, Il n'entend plus rien, ne voit plus rien et, de fait, ne parle à personne. Au village le plus proche, ou je vais m'approvisionner deux fois par semaine, ils disent qu'il n'existe plus personne de vivant lui ayant parlé. Même moi, l'être humain le plus proche de lui, géographiquement parlant, je n'ai jamais échangé une seule parole avec lui. Il paraitrait qu'il aurait plus de cent ans. Pour le peu que je l'ai aperçu, lors de mon installation dans le hameau désolé, je le crois volontiers.
Tout ceci n'explique cependant pas ma position actuelle.
"Quelle est cette position ?"
C'est vrai, je n'en ai rien dit, vieux fou que je suis. Un vieux fou bientôt mort, je le crains.
Je suis présentement adossé à un arbre, dans un petit bois pas très loin de ma maison. Je suis en sueur, j'ai du mal à respirer et je sens comme une douleur lancinante dans ma poitrine, je commence à regretter mon train de vie insouciant d'il y a encore peu de temps. Si je reste assis ici, je mourrai, si je me relève pour tenter d'échapper à mon destin, je mourrai sans doute tout autant, terrassé par une attaque cardiaque.
Comment en est-on arrivé là ?
Comment en suis-je arrivé là ?
Je sortais ce matin, comme à mon habitude dès les beaux jours, pour aller tremper mes vieux souliers dans la rosée matinale, en traversant les champs attenant à ma maison. Ces champs ne m'appartiennent pas, le paysan qui les possède y laisse parfois un peu de bétail. Pour ce qui est des derniers mois, je n'y ai pas vu l'ombre d'une corne et pas d'autre oreille que celle d'un timide lapin.
Je traversais donc le champ qui longeait presque toutes les maisons du hameau. C'est à dire, les trois maisons sur cinq qui se trouvent du même côté de la route que la mienne.
Lorsque j'arrivais au niveau de la maison du vieil Ernest, mon regard fut attiré par un détail inhabituel : toutes les ouvertures de la maison, côté champ, étaient béantes. La maison ressemblait a un crane aux orifices découverts, les yeux vides, les narines et la bouche grandes ouvertes dans une expression de stupéfaction intense.
Presque malgré moi, je commençais à me diriger vers la maison, comme attiré par je ne sais quel champ magnétique, comme si mes jambes avaient pris toutes seules la décision de se rendre à la bâtisse inquiétante.
Comme j'arrivais presque à la clôture du champ, qui faisait une délimitation avec le jardin du vieil Ernest, mon regard fut attiré par quelque chose étendu sur la pelouse tapissant l'espace entre le potager et l'entrée même de la maison.
Je me rendis compte qu'il s'agissait du vieillard, allongé sur le ventre et semblant dormir. Mais ce qui me choqua le plus, c'est qu'il était entièrement nu. Au début, je n'y croyais pas vraiment, car il y avait une telle différence de couleur entre sa tête et ses mains, de couleur de vieux cuir brun, avec le reste du corps, d'un blanc livide.
Et sur cette peau blanche, Je voyais très nettement un curieux réseau de lignes bleues foncée. Elles couraient de la nuque, des bras et des jambes du vieil homme. Ce réseau formait comme une étoile, d'autant plus qu'Ernest était étendu les jambes et les bras écartés.
Un peu déconcerté, je décidais néanmoins de franchir la clôture pour aller porter secours au vieil homme.
Lorsque je fus plus près, je vis que le réseau de lignes était en fait un enchevêtrement de phrases tatouées. Impossible pour moi de déchiffrer ces écritures, je n'en reconnaissais même pas les caractères. Mais la calligraphie était fine et harmonieuse, à tel point que j'en oubliais presque le vieil homme tellement me fascinait ce curieux tatouage.
Revenant à la réalité de la situation, je me penchais vers le visage plongé dans l'herbe, me demandant comment ce pauvre diable réussissait à respirer -s'il respirait encore !
J'allais poser ma main sur son épaule blafarde lorsqu'il émit un grondement guttural sur un mode continu, sans qu'il donne le moindre signe de reprise de sa respiration. Conjointement et selon un angle parfaitement impossible, il redressa son torse, les jambes et le bassin encore plaqués au sol, comme si un chirurgien lui avait confectionné une charnière dans la colonne vertébrale.
Son grondement s'amplifia un peu et sembla être aussi émis par la maison, comme un duo macabre impossible.
L'étrange vieillard continuait lentement de se relever, presque comme une feuille qu'on soulève graduellement.
Je n'y tenais plus, je ne savais que faire, je crois bien que je m'oubliais un instant dans mon pantalon. Mes jambes refusaient obstinément de bouger, fermement plantées dans le sol. Par un effort inattendu, j'arrivais à détourner les yeux de cet étrange spectre. Mon regard tomba alors sur une scène tout aussi sordide et que je n'avais pas remarquée en arrivant, hypnotisé que j'étais par le drôle de spectacle offert par le vieux corps étendu. Un chien, semblait-il, la tête, les pattes et la queue tranchés reposait sur l'herbe tachée du sang de l'animal, l'ouverture béante du cou tournée vers la tête d'Ernest.
L'horreur que m'inspirait ce cadavre animal, me permis enfin de reprendre le contrôle de tous mes membres et, sans même un regard pour le vieillard, je me précipitais chez moi, bien décidé de mettre de nombreux kilomètres entre ce hameau et moi.
J'arrivais chez moi et je me rendis instantanément compte que toutes les ouvertures de ma maison étaient closes, moi qui ne ferme jamais ni porte ni fenêtre et encore moins les volets, ces derniers tellement prisonniers de leur gonds rouillés qu'il est humainement impossible de manœuvrer les panneaux de bois sans briser les très vieilles ferronneries.
Je contournais précipitamment la maison pour atteindre l'entrée donnant sur la route. A nouveau, je retrouvais le même spectacle, il m'était donc impossible d'entrer, de prendre les clés de la voiture et de fuir cet endroit qui commençait à suinter je ne sais quelle vieille malédiction.
Me tournant vers mon automobile, je vis alors la mort de tout espoir.
Même en admettant que je fus habile voleur et qu'il m'aurait été possible de faire démarrer ma voiture sans les clés, ce qui est totalement exclu étant donné mes compétences en ce domaine, il m'aurait fallu le talent d'un mécanicien doublé de la force d'Hercule lui-même pour remettre en état le triste véhicule : le capot avait été comme arraché et le moteur gisait dans une flaque d'huile, tout contre la plaque d'immatriculation à l'avant.
C'est alors que j'entendis à nouveau le grondement guttural précédemment entendu, accompagné du martellement de pieds nus courant sur l'asphalte fatiguée de la route.
Sans prendre le temps de vérifier si effectivement j'étais devenu la proie de mon inquiétant voisin, je me précipitais dans le petit chemin bordé d'arbres qui partait de la dernière des deux maisons inhabitées de l'autre côté de la route, espérant semer mon poursuivant et suivant un instinct que je ne comprenais pas, portant mes pieds vers la petite rivière qui barre le chemin pendant les mois pluvieux.
Je finis par arriver au lit asséché de l'éphémère cours d'eau qui n'était distant des maisons que de quelques centaines de mètres. Aussitôt que je franchis la bande de terre claire dénuée de végétation, le grondement de mon poursuivant s'arrêta brusquement. Alors, comme poussé par une raison inconnue, je plongeais dans les fourrés bordant le chemin, pénétrant alors dans un petit bois.
Et me voici, essoufflé, exténué, au bord de la crise cardiaque, adossé à cet arbre à peine assez gros pour cacher un enfant de cinq ans. Il n'y a plus aucun bruit, pas même celui d'un oiseau, j'ai l'affreuse impression que la nature entière est en haleine, sachant ce qui va m'arriver, comme un spectateur retient son souffle au moment ou le monstre du film va inévitablement fondre sur sa victime terrorisée.
Près à affronter mon destin, je me décide finalement à repartir.
Je décide de jeter un dernier coup d'œil au ciel au dessus de moi et je vois comme un vieux cadavre pendu, le vieil Ernest me surplombant avec un mauvais sourire encadrant ses gencives édentées et noires assombrissant son visage pendant que je ressens la plus vive douleur dans ma poitrine ...
Dernière édition par Leutromo-V le Ven Oct 06, 2006 5:03 am; édité 2 fois |
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| Auteur |
Message |
bernard Utopiste
Inscrit le: 26 Mai 2005 Messages: 596
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Posté le: Jeu Oct 05, 2006 9:51 am
Sujet du message: fracture... |
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Bonjour,
J'aime perdre mon temps ! En lisant ce récit, je n'ai rien perdu de mon temps...Infime douceur dans une tristesse de couleurs...
Elle. |
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Message |
michel Mi-Rêveur/se...Mi-rêveur/se
Inscrit le: 04 Juil 2005 Messages: 58 Localisation: 86
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Posté le: Jeu Oct 05, 2006 9:56 am
Sujet du message: Ernest ? |
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Salut Vélomoteur, soit le bienvenu.
Trés bien écrit ton texte, on s'y croirrai vraiment, mais rassure moi, c'est pas Ernest Dumont, je l'ai encore vu il y a 8 jours sous son tilleul
Sous le tilleul…
C’est à petits pas qu’il sortit de sa minuscule maison, s’aidant d’une canne, longea la haie composée de noisetiers où les abeilles butinaient des ronces en fleur. Ernest, dés que les grosses chaleurs arrivaient, sur les coups de treize heures, après avoir mangé en écoutant les nouvelles provenant de son vieux poste à galène dont il avait tourné le gros bouton afin de l’éteindre, comme un rituel, depuis quinze ans qu’il vivait seul, partait faire la sieste sous son tilleul.
Ce plus que centenaire s’accrochait à la vie, comme les chiures des mouches qui restaient collées sur la vielle ampoule qui éclairait la pièce principale de sa maison.
Y avait bien le Bastien, son voisin qui habitait à 300 mètres, mais ce gamin de 80 ans qui lui rendait visite environ une fois par semaine, agaçait l’Ernest car les aventures de ce dernier, il les connaissait par cœur.
Alors les siestes, c’était pour lui les seuls instants, où allongé sur des sacs de jute, les yeux mi-clôt regardant le ciel, afin de reprendre son souffle.
Les années n’avaient pas altéré sa mémoire. Il pouvait se transporter de ses premières dictées à l’école, où chaque élève apportait une bûche pour mettre dans le gros poêle, afin de chauffer la classe, et il se rappelait 10 minutes avant ce qu’avait dit le gars dans son poste.
Souvent, dans c‘est moments de grande quiétude, il revoyait tous ces visages, aujourd’hui disparus, qui avaient jalonné sa longue existence. Les yeux vert pétillant de joie d’Elise sa compagne avec laquelle, pendant 72 ans d’une vie saine et simple, malgré leur labeur de paysan, dans un bonheur, presque parfait.
Car le grand vide de leur complicité fût l’impossibilité d’avoir des enfants.
Dés sa naissance le 4 janvier 1894, les chances de survie d’Ernest Dumont, étaient très limitées, en effet sa mère accoucha avant terme, puis la tuberculose le priva définitivement d’un poumon, enfant chétif il apprit très vite à dosé ses efforts, le seuil de l’adolescence passé, il clôtura avec succès la fin de son éducation scolaire, par l’obtention du Certificat d’Etude Primaire.
L’année de ses 18 ans fût marquée par la découverte… d’Emilie, cette fille rencontrée lors des moissons de l’été 1912, l’amour qui les a uni durant huit mois fût à la fois passionné, fou et embrasé, les cheveux long, blond et bouclé ne gâchaient rien à l’appétit amoureux d’Emilie, ses yeux marrons s’accordaient à merveille avec son large sourire que formaient son visage carré et ses lèvres pulpeuses, la pâleur de sa peau faisait ressortir les tétons rose des seins lourd et ferme de la fille de 20 ans qu’elle était. Quel été … quelle chaude et belle période… Et le Ernest, d’accrocher l’image indélébile d’Emilie à un petit nuage isolé qui passe, bien au-delà du tilleul…
Ce n’est là que le début de la longue vie d’Ernest Dumont, qui vous vous en doutez bien, malgré un seul poumon, manqua rarement d’air.
La suite, confirmera peut-être…
Tu vois bien Velomoteur c'est pas mon Ernest! Hein ?
A bientôt, Michel. |
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| Auteur |
Message |
NoSpoon Créatrice/Créateur d'idéologie
Inscrit le: 01 Déc 2004 Messages: 331
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Posté le: Jeu Oct 05, 2006 10:39 am
Sujet du message: ernest |
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Lu d'un souffle! J'aime beaucoup... Y a t il une suite?
Alors, Ernest Dumont ou pas Ernest Dumont? Du mal à imaginer que ça soit le même selon les dires de Michel... Mais quand même? |
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| Auteur |
Message |
zorba Grand(e) Rêveur/se
Inscrit le: 23 Déc 2004 Messages: 80 Localisation: globe
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Posté le: Lun Oct 09, 2006 3:40 pm
Sujet du message: Une autre... |
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J'aime aussi beaucoup ces récits insolites!
Encore!!! |
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| Auteur |
Message |
michel Mi-Rêveur/se...Mi-rêveur/se
Inscrit le: 04 Juil 2005 Messages: 58 Localisation: 86
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Posté le: Mar Oct 10, 2006 5:40 pm
Sujet du message: Suite... |
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La pointe de la faux glissait dans l’herbe tendre et encore pleine de rosée, c’est par un geste lent et régulier que la partie la plus large de cette lame finissant la coupe faisait perdre l’équilibre à cette précieuse verdure, puis la coucher toujours dans le même sens.
Ce matin de juin 1913 Ernest Dumont, fauchait.
Il était 7 heures et depuis 45 minutes il avait déjà coupé la moitié de la parcelle qui a vue d’œil faisait 30 ares, pour la troisième fois, Ernest releva son outil, posa l’extrémité du manche en bois formant un T sur le sol verticalement, d’une main saisit la partie métallique non tranchante, puis de l’autre main sortit d’une corne de vache attachée à sa ceinture une pierre abrasive afin d’affûter sa faux.
Juste 10 minutes avant, seulement un couple de biche en passant à 25 mètres, avait surpris quelques tourterelles et le bruit des battements d’ailes avaient couvert un court instant le crissement de la lame.
Mais à ce moment précis, la forêt se fit entendre du coté ouest, tout ce qui compter comme oiseaux venant de ce secteur passa au dessus de la parcelle à moitié fauchée, Ernest, qui, pour ne pas être gêné par le soleil montant, était bien placé pour voir cet affolement général, un sanglier et trois chevreuils s’écartèrent en l’apercevant.
S’en suivi quelques minutes de silence, Ernest, appuyé sur sa faux avait laissé tomber la pierre et le bras ballant le long du corps sentit ses pulsations dans les tempes, puis sa vision se troubla en distinguant la silhouette d’un curieux individu, le vacarme de son cœur s’estompa progressivement et la vue du jeune homme de 19 ans qu’il était revint rapidement.
C’est ce mardi matin du 12 juin 1913 qu’il vit pour la première fois Germain Balbek.
Une longue barbe blanche, un nez crochu ornaient un visage boursouflé de rides laissant à peine paraître des petits yeux marron pleins de curiosité, une casquette profondément vissée sur la tête laissait dépasser ses grandes oreilles, habillé d’une veste et d’un pantalon bleue, tout comme sa casquette délavés par les aléas climatique et les pieds nus dans une paire de sabots, ce vieillard à moitié courbé avait tout juste 40 ans.
L’homme s’empressa de demander à Ernest où il se trouva, car depuis qu’il avait quitté Bordeaux, il y a bientôt deux semaines, personne ne lui avait adressé la parole, il est vrai que ce dernier avoua plus tard qu’il évitait de faire la conversation à ce qui pouvait représenter la civilisation, et plus précisément ceux qui portaient un képi. Tout en discutant Ernest fini son travail puis invita sans le besoin d’insister, ce nouveau venu à l’accompagner jusqu’à sa maison, située à trois quart d’heure de marche.
Le vent du Sud s’étant levé, permit d’entendre les douze coups de la cloche du bourg pourtant distante de quinze kilomètres à vol d’oiseau, au même moment Germain posait son verre de vin rouge vide sur la table en chêne massif, l’estomac repu par la moitié d’un poulet plus une boule de pain d’une livre, celui-ci remercia Ernest, puis commença à lui parler de Cayenne, où Napoléon III en 1854 eut la brillante idée de faire ouvrir une auberge qui n’avait rien de comparable au généreux menu que le faucheur venait de lui offrir.
Fin 1902 l’homme fut condamné à dix ans de bagne pour le vole d’un sac de pommes de terre, alors commença le long récit des dix dernières années passées, deux au bagne et les huit autres en pleine forêt Amazonienne, où il apprit beaucoup au sein d’une tribu nomade.
Le père d’Ernest partit pour deux mois à Bordeaux, dans le but de revenir avec quelques économies, en travaillant pour la pose des rails du chemin de fer, laissa seul son fils.
Germain resta cinq semaines à aider Ernest aux travaux de la petite ferme, qui se composer, d’une vingtaine de chèvres, deux vaches, quelques volailles, un vieux baudet du Poitou et la fidèle chienne Zita.
Dans son expérience passée avec les nomades, il fut initié au secret du tatouage, ce qui ne manqua pas d’éveiller la curiosité d’Ernest, alors pour remercier le jeune paysan, c’est tout naturellement que Germain se proposa de le tatouer.
Dans un magazine illustré que son père lui avait offert à son retour d’un précédent travail,
Ernest avait vu et rêvait de faire comme Clément Ader, qui une vingtaine d’années auparavant, s’était élevé du sol dans une machine bizarre qui ressemblait étrangement à une chauve-souris.
En une semaine Germain imprima dans la peau du jeune homme, sur les quatre membres, le torse et le dos une magnifique chauve-souris bleue.
C’est bien après le départ de Germain qu’Ernest commença à ressentir des sensations étranges, pendant quelques nuits des picotements le faisait frissonner, mais il avait mis ça sur le compte des piqûres encore fraîches du tatouage.
Puis très vite il compris que l’image incrustée dans sa peau prenait vie et c’est à partir d’août 1913 que son existence se trouva irrémédiablement transformée.
Quel genre de produit contenaient les petites fioles en verre du tatoueur ?
Pour que progressivement Ernest n’ait plus besoin d’allumer les bougies lorsque l’obscurité arrivait.
La suite, peut-être…
Michel. |
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