Y-En-A-Marre.org Index du Forum Y-En-A-Marre.org
Bienvenue sur le forum de Y-En-A-Marre.org
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

[textes] [serie] Un Livre - chapitre XI & XII

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Y-En-A-Marre.org Index du Forum -> DETENTE
  
Auteur Message
Invité






Posté le: Lun Sep 19, 2005 7:52 am 
MessageSujet du message: [serie] Un Livre - chapitre XI & XII
Répondre en citant

11 – De nouvelles révélations



Il avait enfin fini son histoire. Tout au long de son récit, sans que je cherche à les évoquer, de nombreuses images me sont apparues. Je revoyais mentalement tout ce qu’il avait lu : mon enfance refoulée, la prison, les préparatifs d’évasion.
Je n’y croyais tout simplement pas, mais au fond de moi je savais qu’il disait vrai.

Tout jusqu’à son nom tentait de me convaincre de le croire.
Il ne me restait plus qu’une chose à faire, je devais mettre moi-même le point final de cette histoire, je décidais de passer une nuit dans la salle du mur, dans les cavernes, à l’endroit où je t’avais retrouvée endormie.

Je me suis donc faufilé dans les étroits boyaux, remontant ce chemin que j’avais déjà parcouru de nombreuses fois auparavant.
J’ai donc retrouvé la salle assez facilement. Je me suis alors installé le plus confortablement possible et j’ai fait attention au moindre bruit. J’espérais entendre ces voix qui t’avaient guidée, celles-là même qui souhaitaient me faire venir en attirant tous ces enfants.
Je dus sans doute m’endormir car je fus assailli par des images, toujours en relation avec le récit d’EOVA, ces images de labyrinthe blanc, ce dédale de la prison en fait.

Seulement, cette fois-ci, je ne m’y perdais pas, au contraire, je savais où je me dirigeais, je connaissais l’endroit parfaitement. Je passais devant des séries de geôles fermées et poussiéreuses, l’activité humaine semblait avoir déserté ces lieux.
Il planait un silence abrutissant, lourd de quelque menace.
Je continuais néanmoins à cheminer parmi les couloirs, sentant le sol froid et glissant sous mes pieds nus.
Le centre était toujours baigné de cette lumière irréelle.

Irrésistiblement, je me dirigeais vers un point bien précis, encore inconnu pour moi.
Puis, passant une porte qui semblait donner dans un bureau, je sentais vibrer une énergie incommensurable, réplique gigantesque de celle que je percevais au sommet des cavernes.
La pièce avait cette sobriété coutumière au reste de la prison, elle n’était meublée que d’une table et d’une chaise.
Sur cette chaise était assis sans doute le plus vieil homme de ce monde.
Il attendait.
Il ne semblait pas respirer et ses yeux étaient mi-clos, je pouvais distinguer le bleu pur de son iris.

» - Sois le bienvenu, te revoilà enfin ! me dit-il. Il nous aura fallu user de nombreux stratagèmes et de patience pour finalement te voir. Prends place, assied-toi, nous avons beaucoup de paroles à échanger.

A ma plus grande surprise, une deuxième chaise, venue de nulle part se trouvait en face de l’homme étrange.
Je pris place face à lui, assez déconcerté et, étrangement, sans que j’éprouve la moindre crainte.

» - Mais qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

Son apparence était immuable, il ne faisait aucun mouvement et pourtant je pouvais l’entendre très clairement : une véritable sculpture parlante. Mes questions déclenchèrent son hilarité.

» - Qui suis-je ? Considère que je suis un voyageur, comme toi. Seulement, il existe une différence entre toi et moi : je sais que je voyage, pas toi.

» - Bien évidemment que je sais que je voyage ! Tout homme traverse l’existence comme un voyageur traverse un paysage accidenté.

» - Non, détrompe-toi, je ne te parle pas de ce voyage, mais d’un autre qui, par certains aspects, se rapproche pourtant de celui que tu évoques. Mais avant de te donner une explication quelconque à ce sujet, je dois remettre en évidence certains aspects de ton existence pour que tu saisisses pleinement ce que j’ai à t’annoncer.

Cette fois-ci, je n’étais plus du tout serein, je ressentais un profond malaise. Imagines-toi au bord d’un précipice et regardant en bas. Si seule la curiosité te pousse, tu éprouveras tout au plus du vertige en raison de ta position. Mais si ton but, lorsque tu auras voulu atteindre le sommet de la falaise, était de mettre fin à tes jours, tu te retrouveras alors au bord du gouffre avec un vertige complètement différent. Je parle de cette sensation qu’on peut éprouver au moment ultime où notre vie s’achève. On sait que ce qui va arriver doit arriver car rien ni personne ne peut éviter la fin, elle vient inexorablement. Et alors on appréhende ce saut dans l’inconnu, sachant qu’il ne sera pas possible de revenir en arrière, on se retrouve la peur littéralement au ventre, noué par la fatalité. Telle était la nature de mon malaise.
Je n’osais pas ouvrir la bouche et répondre à cet homme sans age. Comme si la moindre de mes paroles aurait pu me condamner et me foudroyer sur place.

Il dut ressentir mon angoisse, et bien que je n’aie pas dit un seul mot, il continua en manière de réponse.

» - Ne crains pas trop inutilement. Toi, mieux que beaucoup, tu imagines ce que peut être la fin. Tu es l’un de ceux qui peut réellement prendre l’entière mesure d’une vie, qui peut le plus facilement comprendre ce que j’ai à te dire.

Pour l’heure je ne comprenais rien. Le mystérieux personnage et son mystérieux monologue m’entraînaient dans un abîme sans nom.

» - Et concrètement, qu’avez-vous à me dire ?
Ma propre voix me surprit moi-même, j’avais réussi à prononcer ces mots sans que je sache comment j’avais pu vaincre mon blocage.
Je finis par m’asseoir en face de l’homme.
Il me fit alors un récit étrange.

» - Sache déjà que tu n’es pas ici. Tu n’es pas non plus endormi dans cette cavité que tu nommes « caverne d’énergie ». En fait, tu n’es pas. Plus exactement, ta vie est tellement courte qu’on ne peut pas dire que tu sois vraiment. Te plairait-il de voir qui tu es vraiment ?

Cette question possédait à elle seule toute l’horreur que j’aurais pu imaginer, elle représentait ce précipice final et le saut lui-même. Cette question était une porte qui s’ouvrait sur cet inconnu qui nous est dévolu. L’homme n’y avait fait aucune allusion mais je savais qu’il me parlait d’une chose à laquelle je m’étais refusé de croire toute ma vie, n’ayant aucune source de connaissance à ce sujet. Il me parlait de ce qui précède et succède à notre brève apparition terrestre.

» - Je crois que oui, dis-je enfin.

» - Tu crois ? Ne vaudrait-il mieux pas que tu saches plutôt que de croire ?

Cette dernière phrase avait été prononcée avec enfin un mouvement de mon interlocuteur, il avait tourné vers moi un visage souriant, ses deux yeux ouverts en grand, orbites sans fond dans lesquels je croyais voir scintiller des étoiles.
Evidemment, il me retournait une politesse que j’avais servi pour contrer les arguments de ce vieux Lortin.

» - Regarde moi attentivement dans les yeux et suis moi, me dit l’inconnu.

Je fixais donc son absence d’yeux, essayant de dénombrer les petits points brillant qui luisaient au fond des orbites.
Et c’est alors que je me senti tomber, littéralement happé par mon interlocuteur.
Je vis l’obscurité, comme une voile lâche et palpable, sortir de sa tête et envahir la pièce où nous étions. Tout ne fut plus qu’absence de sensation. Et puis le toucher revint lentement, de même que la vue. L’obscurité était tachetée de points lumineux. Mon attention fut attirée par une sphère très brillante, aux contours imprécis et flous.
Elle était énorme.
Elle semblait être le siège d’une intense activité, de nombreux traits de lumière, fin comme des cheveux, se dirigeaient vers ce qui avait l’air d’être un ballet lumineux incessant.
Le maximum d’activité était concentré en deux points opposés de cette sphère, des arc lumineux partaient du haut, suivaient une trajectoire courbe pour replonger dans le bas de la sphère.

» - Ce que tu vois est la terre. Elle est belle n’est-ce pas ?

L’inconnu n’était pas visible, mais sa voix avait caressé les mots d’une telle manière qu’on comprenait que la beauté de la planète tenait tout particulièrement à son habit de photons.

» - Cette danse lumineuse à laquelle tu assistes est le ballet de la vie, modulé sur plusieurs couleurs, tout comme la vie est déclinée en plusieurs espèces. Te dire que ce ballet suit parfaitement le champs magnétique terrestre ne te serait pas très utile, tu ne dois pas savoir à quoi je fais référence, mais sache que c’est ce que tu vois actuellement. Car tu ne vois pas la terre en elle-même, tu ne peux la voir, nous sommes dans le vrai monde, celui qui n’est pas sujet au temps, le matériel n’existe pas ici.
Non, ce que tu vois, ce sont les âmes qui se précipitent pour vivre la matérialité.

Il m’expliqua alors ce que sont les âmes.

» - Certaines ne vivent que pour voyager car la nécessité les pousse à se déplacer, d’autres le font par pur plaisir.

Il est arrivé, dans le vrai monde, qu’un jour, encore qu’il ne soit pas correct de parler de jour puisque le temps n’existe pas ici, une âme, par un curieux hasard, fut incarnée. Elle venait de goûter aux délices de la matière.
Plus encore, elle venait de découvrir qu’une vie permettait de voyager d’un point à un autre du vrai monde.

La notion de temps étant inexistante, le déplacement n’est donc pas envisageable.

Donc vivre permettrait à une âme de se déplacer en empruntant une dimension assujettie au temps, condition sine qua non au mouvement.

Je voulus alors savoir pourquoi notre âme ne gardait pas le souvenir des vies antérieures, car il était évident que je voyais des âmes sortir, puis entrer à nouveau dans le monde terrestre.
L’inconnu me répondit que nous ne gardions pas le souvenir de la matérialité, ce qui nous empêchait, à l’incarnation suivante, de se rappeler les existences passées.
Il faut ensuite ajouter à cela qu’on ne choisit pas toujours son incarnation et que vivre dans la peau d’un animal tel qu’un poisson implique une quasi absence de mémoire durant la vie terrestre.
Et, pour finir, lorsqu’une âme s’incarne en humain, elle ne le fait pas seule. L’être humain est un véhicule à deux places, il transporte une partie consciente et une autre, inconsciente, ces deux parties étant incarnées par deux âmes différentes.

Ma curiosité fut plus forte que tout :
» - Est-il possible qu’un homme ou une femme ne soit habité que par une seule âme ?
» - Oui, mais c’est une chose plutôt rare et nous ne l’observons qu’en deux circonstances précises. Ou cette « mono-incarnation » est accidentelle, auquel cas, les humain mono-incarnés sont généralement considérés comme des génies, ils ont des facultés pharamineuses du fait de ce contrôle total sur leur esprit malgré leur méconnaissance de leur singularité.
Ou alors, cette mono-incarnation est voulue, ce qui m’amène à te parler d’une catégorie d’humain bien particulière.
Le monde des hommes a toujours accueilli en son sein des créatures spéciales, ils ne les ont jamais vraiment appréhendé autrement que par le biais des religions ou des récits mythologiques. Ces humains hors norme, mono-incarnés, sont des êtres éternels. Ils ont le devoir de faire prendre plaisir à l’existence tous ceux qui auraient oublié que le temps finira un jour et que l’incarnation ne sera alors plus possible. Nomme les « Anubis », « Charon » ou « Saint Jacques de Compostelle », ces humains sont des passeurs, bien que ce soit plus juste de dire que ce sont les humains qui passent véritablement à travers la longue litanie de leur existence quasi-infinie.

» - Mais alors … Œva …

» - Oui, lui aussi, répondit l’inconnu, un de nos meilleurs nochers.

Alors je me vis.
J’eu conscience des deux faisceaux de lumière, irrésistiblement attirés par le manège terrestre. Puis je me sentis plus solidaire d’un des deux, je vis partir l’autre et plonger dans la danse folle des arcs brillants.

Je me sentis tout à coup plus serein.
Je me réveillais dans le labyrinthe des cavernes d’énergie. Je me sentais moi, Marcaïn, pleinement conscient de mes sensations. Trop conscient peut être.
Je fermais les yeux et je voyais de frêles chandelles vaciller au loin, nombreuses et colorées. Toutes ces fragiles incarnations.

Et j’eu alors conscience que je n’étais plus habité par deux âmes. Je le savais, et je savais que je vivrais autant que le temps.

Je savais ».

Marcaïn était visiblement effondré.

Eline se rapprocha de lui et enserra ses vieilles épaules de ses deux bras.

« Allons, ne t’en fais pas, cela va passer », lui dit-elle.

« Tu ne m’écoute pas ou tu ne veux pas écouter ce que j’ai dit. Mais je le savais. Tu ne me crois pas.

Tu ne peux rien me cacher ma petite Eline, tout ce que je viens de te raconter n’est pas une chimère ou une fable. Ce ne sont pas non plus les élucubrations d’un vieux livre au bord de la mort et que tu surprendrais dans une de ses crises de délire ou d’hallucination.
Non, tu ne peux me le cacher car aujourd’hui, je sais que j’ai tout vu.
J’ai fait un saut en dehors du temps, je te vois comme je t’ai vu.

Je peux même te dire que tu vas tenter de me discréditer pour mon propre bien, je le sais, mais tu ne m’accorderas pas ton entière confiance. »

La pauvre Eline n’en revenait pas. Le vieil homme avait vu juste sur au moins un point : elle ne le croyait pas, mais de là à le diminuer aux yeux de ceux de la Lomy, elle se refusait d’y croire.

Elle décida de ne rien répondre et de laisser Marcaïn penser ce qu’il voulait, après tout, elle le savait vieux et lui aurait passé n’importe quel caprice.

Finalement, elle se leva et quitta le plateau herbeux pour rejoindre la bibliothèque, plus bas au loin.

Les jours qui suivirent, Marcaïn devint plus mystique, il n’y a pas d’autres mots.
Lui qui refusait toute allusion à un être supérieur, il commençait à donner des signes de vieillesse, abordant de plus en plus souvent des récits tous plus improbables les uns que les autres.

Il commença par raconter qu’un monde vivait sous terre, il y a pas si longtemps que cela.
Ce monde n’aurait eu pour denier recours que de vivre sous terre pour échapper à des poisons dispersés par les générations antérieures lors de conflits armés.

Il apportait force détail à ses histoires, tant et si bien que bon nombre d’enfants crurent qu’il avait réellement et personnellement vécu ces évènements.

Mais la moindre de ses histoires n’est certainement pas celle ou il tenta l’explication du voyage des âmes.

Il avait paru délirer sur le coup. Il était blême et avait les yeux éteints. Il se trouvait avec tous les enfants de la communauté, confortablement installés dans la bibliothèque. Bizarrement, l’autre livre n’était pas présent.

« Mes enfant, il est temps pour moi de vous révéler quelques vérité. Laissez moi vous conter le voyage des âmes.

Quelque part, très loin et très près de nous se trouve un monde qui ne peut exister sans le notre, de même que notre monde n’en serait pas là sans le premier.
Ce monde n’a rien de comparable avec le notre, tellement qu’on ne peut même pas dire que l’un soit l’exact opposé de l’autre et pourtant les deux mondes sont complémentaires.

Dans ce monde caché vivent des âmes, des êtres immatériels.
Ils ne peuvent pas percevoir la matière et leurs aspirations, leurs envies nous sont autant étrangères qu’une cuiller peut l’être à une félitre.
Malgré cela, nous partageons tout de même quelques choses avec ces êtres : la volonté d’accomplir telle ou telle chose et de se déplacer pour y arriver.

Un jour, une de ces âmes fut attirée par un globe faiblement lumineux, il irradiait doucement en de grands cercles qui partaient de son sommet pour rallier sa base.
L’âme intrépide ne soupçonna aucun danger, elle s’approcha d’une des arches de lumière et fut happée dans une véritable spirale de bruit et de fureur, aussi fugace que violente.

Ce qu’elle vit était incroyable : elle avait ressenti un apaisement. Tout autour d’elle avait été de nature à la surprendre, impossible de retranscrire exactement ce qu’elle avait ressenti. D’ailleurs, le mot « ressenti » s’était imposé à elle sans qu’elle ne s’en rende compte.

Plus encore, elle avait remarqué que son point d’arrivée, en sortant de ce globe lumineux, se situait à un endroit tellement éloigné de celui qui l’avait vu entrer dans cette expérience !
Elle pressentait qu’elle avait mis un peu de lumière sur une possibilité de voyager très intéressante.
Elle voulu donc réitérer ce voyage mais ne voulu pas le faire seule.
Elle réussit à convaincre une autre âme peu pressée qui entra elle aussi en contact avec les arches de ce globe qu’elle n’avait jamais remarqué auparavant.
Les deux entités vécurent alors au sein du globe ce qui avait été perçu par la première.
Mais un phénomène imprévisible se produit alors : il sembla au deux voyageuses qu’elles n’étaient plus seules.
S’extirpant du globe, elles virent que celui-ci irradiait plus fort que précédemment.
Elles s’aperçurent alors que de nombreuses âmes étaient attirées par la sphère et que, une à une, elles plongeaient dans la lumière, celle allant croissant au fur et à mesure que le globe se remplissait d’âmes.

Chacune d’elles comprit l’intérêt que procurait cette curiosité lumineuse, mais elles restaient toute perplexes : leur passage dans la sphère leur laissait un impression d’importance, elles ne se souvenaient pas exactement ce qui leur était arrivé mais elle savait que c’était quelque chose d’unique.

Certaines ne purent s’arracher au cycle d’entrée et sortie du curieux objet, d’autres faisaient ce qu’elles pouvaient pour y rester le plus longtemps possible.
On vit alors plusieurs arcs lumineux prendre des vitesses plus lentes autour de la sphère, elle-même qui avait semblé, un temps, parcourue par des remous colorés, prenait une allure plus tranquille, plus colorée et toujours plus lumineuse.

Elles venaient de découvrir la vie. Elles la portaient déjà dans leur monde mais il leur manquait un support supplémentaire pour en profiter pleinement.
Elles semblaient incapables de s’éloigner trop de l’étrange source de lumière, il leur fallait y retourner encore et encore et encore …

Au fil du temps, de plus en plus d’âmes arrivaient pour prendre part à ce curieux ballet.
Il fut bientôt impossible pour toutes les âmes entourant le globe de s’y fondre, celui-ci était tellement saturé que les voyages avaient même commencer à se raccourcir, frustrant alors toutes celles qui comptaient en profiter le plus possible afin de tenter de découvrir et de garder avec elles la signification de tout ceci.

Il y eut alors une révolte, celles qui attendaient en dehors de la sphère tentèrent d’y entrer de force.
Le résultat ne se fit pas attendre, elles furent presque toutes éjectées en même temps, y compris celles qui progressaient déjà à l’intérieur.

Elle repartirent à l’assaut de la lumière et la même hystérie conduisit aux mêmes résultats : toutes les âmes présentes ne pouvaient toutes entrer en même temps dans le globe.
Certaines d’entre elles profitèrent alors d’un ultime voyage pour tenter de découvrir d’autres globes, plus éloignés.

Parallèlement, parmi celles qui restèrent, il y en eut pour réfléchir à ce problème de place. Elles travaillèrent alors par deux, tentant de découvrir s’il était possible de voyager de concert et surtout pour voir si le voyage restait agréable.
Après maints essais, elles réussirent un incroyable tour de force : une âme joua le rôle de catalyseur pour permettre à deux autres d’intégrer un seul corps.
A partir de cet instant, le destin des âmes allait être scellé dans la chair, gardant une mémoire de cette union charnelle.

Les véhicules des âmes étaient tous les représentant du monde des vivants mais aussi ceux du monde des immobiles.

Le monde des vivants convenait parfaitement à toutes celles qui désiraient voyager rapidement.
A celles qui voulaient jouir de la matérialité plus longtemps était dévolu le monde des immobiles.

Le globe fut alors baptisé « le monde ».
Chacune des âmes gravitant autour de la représentation de ce monde dans le leur tenta alors de faire en sorte de le cartographier précisément : elles devaient comprendre le mécanisme de cet objet pour s’en servir au mieux ainsi que de tous ceux qu’elles pourraient découvrir ensuite.

Elles se mirent à explorer toutes les facettes du monde, imprégnant l’eau, la roche, le feu, l’air, les plantes et les animaux.
Mais elles restaient désespérément amnésiques à l’entrée et au sortir de ces voyages.
Il leur vint alors l’idée de réutiliser les catalyseurs et de leur donner un nom : les dieux.
Les dieux avaient pour objectif de réveiller ces âmes voyageuses afin qu’elle ne perdent pas de vue les objectifs de leurs déplacements.

Mais cette tâche fut des plus complexes, les dieux entre eux n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur la manière de réveiller les voyageuses.

De violents conflits entre les divinités prirent place. Il se passa alors un incident incroyable : d’elles même, quelques unes de ces voyageuses consignèrent ces combats titanesques en petits dessins sur la roche, sur des poterie, des papyrus.
Voyant cela, les dieux en prirent leur parti et purent communiquer avec les âmes et profitèrent de la découverte du dessin pour pouvoir fixer la mémoire des voyageuses, pour pouvoir enfin entreprendre la maîtrise de l’utilisation du monde.

Entre temps, quelques entités suivirent leur instinct premier en intégrant un corps sans le partager avec une autre.
Ces quelques âmes eurent la connaissance. Elles devinrent des nochers, des passeurs de monde. Elles avaient la responsabilité de conduire les âmes seules et perdues sur le monde en dehors de la sphère de lumière.

Très vite, les âmes du monde s’organisèrent en deux sociétés distinctes : celles qui prônaient le droit à un voyage paisible et celles qui ne pouvaient souffrir que le passage sur le monde ne motivé par autre chose que le besoin de se déplacer d’un point à un autre.
Les deux factions ne purent tomber d’accord tant elles étaient l’une comme l’autre obtus dans leurs jugements.

La vie du monde fut alors rythmée par de nombreux conflits, des batailles innombrables remportées par les unes ou les autres, se traduisant dans le monde par des ères de désolation où la vie se fanait à peine éclose suivies de périodes de douceur et de vies paisibles et longues.

La dernière bataille fut la plus rude, les partisanes du « vivre vite, mourir vite » avaient un temps perdu la face et l’avaient retrouvée par la faute même des adoratrices de la langueur qui avaient fini par plonger le monde des vivants dans un tel chaos qu’il furent obligés de se terrer pour survivre.

Mais ce replis lui-même procura à ces dernières le moyen de revenir plus fortes et de relancer les programme des passeurs.

Et me voici, mes enfants, séparé d’une de mes deux âmes.
Je vois tout de vous. Votre passé se confond avec votre avenir dans ce présent. A l’instant même, je vous vois tels que vous étiez il y a quelques années et tels que vous serez bientôt. »

Les plus âgés parmi les enfants avaient un à un déserté la bibliothèque. Il leur déplaisait d’entendre leur vieux libre parler de la sorte, lui qui n’avait jamais accordé une foi quelconque à quelque divinité que ce soit et cet état d’esprit avait guidé les pas de tous ceux de la Lomy.

Marcaïn s’en aperçu.

Il n’osait pas les rappeler, il savait qu’il avait été beaucoup trop loin en parlant de ces âmes. Il craignait même avoir été un peu trop direct avec ces enfants.
Il savait cependant que les plus jeunes n’en garderait aucun souvenir et que les plus vieux refouleraient ce souvenir un peu dérangeant.

Il laissa la journée suivre son cours sans trop essayer de s’écarter de ses anciennes habitudes.

Eline vint le remplacer en milieu de journée.
La jeune fille regarda le vieux livre avec une pointe de désespoir dans le regard. Son vieux compagnon montrait des signes évidents de fatigue, il allait bientôt mourir, elle le craignait.

Et soudain, cette pensée en amenant une autre, elle se rendit compte qu’Œva n’avait pas paru de la journée.

« Marcaïn, as-tu vu notre autre livre ? »

« Non et nous ne le reverrons pas de sitôt : il est parti cette nuit. »

« Mais comment cela se fait-il ? Les autres membres de la communauté lui ont donné la permission de partir ? »

« Tu sais très bien, comme moi, que nous n’avons besoin d’aucune permission pour quitter une communauté. Seul notre jugement peut nous amener à décider si nous avons donné l’intégralité de notre connaissance aux humains que nous rencontrons. Œva est parti car son œuvre parmi nous est achevée.»

Eline senti alors quelques frissons lui parcourir le dos. Elle pressentait qu’elle allait bientôt se retrouver seule au milieu de ceux de la Lomy.

Elle s’installa donc dans la bibliothèque pendant que Marcaïn descendait péniblement les marches de la bâtisse.

Elle fut tout de suite assaillie par les quelques enfants qui étaient resté après l’étrange conte du vieux livre.

« Eliiiiiiiiiine ! Qu’est ce qu’il a Marcaïn ? »

« Il a porté beaucoup d’années, voila ce qu’il a, répondit la jeune fille. Il va bientôt nous quitter. »

Et les enfants lui firent le récit de ce qu’ils avaient compris, à savoir pas grand-chose.

« Ne prêtez pas attention à cette histoire, dit-elle. C’est un vieux monsieur fatigué qui vous l’a servi, il ne sait sans doute plus trop ce qu’il dit, je suis sure qu’il ne voulait pas vous faire peur. »

Il n’empêche qu’elle était au comble de la terreur, elle ne reconnaissait pas son vieux compagnon. Il lui faudrait le retrouver avant la nuit, elle avait besoin de savoir en quels termes exacts il avait raconté cette histoire à dormir debout.
Lorsque le jour déclina, fidèles aux habitudes, les enfants rentrèrent chez eux.
Eline en profita pour se rendre aux cavernes d’énergie, elle comptait y trouver Marcaïn et tenter d’en savoir plus à propos de son comportement.

En arrivant prés des cavernes, elle aperçu la lumière d’un feu, s’approchant de plus en plus de sa source, elle comprit que le vieil homme l’attendait.
Il n’était plus si marqué qu’au milieu de la journée. Il paraissait frais et reposé, aussi loin de la fin que pourrait l’être un jeune homme de bonne constitution.

Silencieusement, par un simple geste de la main, il l’invita à prendre place auprès du feu. La jeune fille d’exécuta et s’installa tout près de lui.

« Je t’attendais, nous devons parler tous les deux. Mes jours au sein de la communauté sont comptés, je vais bientôt partir. »

Certes Eline s’y attendait. Mais être confronté à ce qu’on redoute est différent d’attendre, même avec angoisse, l’arrivée de cet évènement.

Elle se revit d’un coup, toute petite, aux pieds de ce grand bonhomme aux yeux flamboyants. Lentement, elle ressentit comme une déchirure de son cœur, une douleur à peine soutenable dans sa poitrine. Il partait et elle resterait seule.
Sa vue se troubla et sentit des larmes couler sur ses joues.
Pour la première et dernière fois, Marcaïn la prit alors dans ses bras et la berça doucement. Elle n’était après tout qu’une toute jeune fille, elle s’abandonna à l’étreinte apaisante et attentionnée du vieil homme.

Après ce qui lui paru un temps a la fois long et trop court, il lui expliqua du mieux qu’il put ce qu’il attendait d’elle.

« Tu sais, dit Marcaïn, un peu gêné, je m’en veux d’avoir raconter cette histoire d’âmes aux enfants, ils ne sont pas prêt à l’entendre. Toi-même que je considère depuis toujours comme une adulte, tu me sembles manquer d’expérience pour appréhender pleinement tout ce que j’ai pu te dire.
Il fallait pourtant que je te donne tout ce que sais et ce que j’ai, ma fonction de livre me confère des droits mais aussi des devoirs, notamment celui de transmettre l’intégralité de mon savoir à qui reprendra mon fardeau.

J’ai dû te brosser un tableau de ce que j’ai été, ce que je suis et ce que je deviendrai. Tu devais savoir pour, à ton tour, transmettre mon histoire qui deviendra un petit peu la tienne. »

Des mots d’adieu.
Eline était au comble de la tristesse, les paroles du vieux livre étaient sans équivoque.
Marcaïn poursuivit :

« Ma petite Eline. Je suis donc ce qu’on a voulu que je sois.
Il me revient de devoir enseigner aux hommes ce qu’ils sont réellement. Je pressens que nous nous retrouverons un jour pour que, à ton tour, tu puisses enseigner ce savoir aux autres humains.
Ce qui m’avait paru un mal, cette privation de liberté puis de ma mémoire, n’était en réalité que le cheminement d’une pensée commune à tant d’âmes oeuvrant pour notre bien à tous.
Je te quitte ce soir ma douce Eline. Œva est parti lui aussi, sa mission était de me réveiller, c’est chose faite.
La mienne est donc d’aller réveiller à mon tour d’autres âmes qui s’ignorent et qui sont prêtes à s’épanouir comme elles le devraient. »

Avec le plus grand soin, il relâcha la jeune fille.
Elle n’osait pas lever les yeux vers lui, elle ne voulait pas qu’il la voie effondrée, elle voulait rester digne pour lui et savait qu’elle n’aurait pas la force de le regarder une dernière fois sans sombrer dans la plus noire des peines.

Elle ferma les yeux de toutes ses forces et des larmes réussirent tout de même à passer ce barrage de cils lorsqu’il lui en se levant :

« Je m’en vais Eline. Tu es l’objet de ma plus grande fierté. Tu as toujours comblé les attentes de ceux qui comptaient sur toi, je sais que tu t’acquitteras de ton devoir mieux que quiconque, nous nous reverrons. »

Ces dernières paroles résonnaient encore dans sa tête lorsqu’elle s’aperçu qu’elle avait passé la nuit les yeux fermés à ressasser ces quelques mots. Le jour se levait timidement.









12 – Dernière page








C’était une belle jeune femme d’une vingtaine d’années qui s’adressa à un petit groupe d’enfants.

Elle affichait un visage serein empreint d’une infinie sagesse malgré son jeune age.
Une longe natte noire lui tombait mollement sur l’épaule gauche, comme un python repu se reposerait sur une branche.
De grands yeux bleus apportaient à son visage la douceur d’une calme rivière, source de vie.

Elle était assise sur le plancher de la bibliothèque, entourée d’une douzaine de petites frimousses que dévoraient de grands yeux curieux.
Au dehors, la terre battue de la place du rassemblement était frappée par une violente pluie. La flamme d’une lampe apportait un peu de réconfort aux enfants, le ciel qu’ils apercevaient à travers l’ouverture de la bâtisse était bas et noir.

« Venez vous installer autour de moi les enfants, je vais vous raconter une histoire : notre histoire. »

« Oh oui Eline ! » répondit un chœur de voix enchantées de pouvoir tromper leur peur.

Une petite larme, à peine visible, scintilla un instant à la lueur de la lampe, juste au coin de l’œil de la jeune femme lorsqu’elle débuta son récit :

« Il était posé sur un tapis de verdure, comme un onyx reposant parmi des émeraudes … »
 
   
Auteur Message
ludo90290
King of the weeeeeeeeek
King of the weeeeeeeeek


Inscrit le: 10 Fév 2005
Messages: 1971
Localisation: CM

Posté le: Lun Sep 19, 2005 3:55 pm 
MessageSujet du message: Sais la fin alor?
Répondre en citant

Il ais bien, il va falloir que je l'imprime pour mieux le lire, car jais pas tout compris! :AplozAlx:

Sinon du 1 au 12, bien sans autre commentaire pour moi, car il me faut lire une ou 2 fois de plus pour bien cerner la bête! :light:

Conp tu fair des suit ou pas? Laughing
 
   
Auteur Message
Invité






Posté le: Mar Sep 20, 2005 10:04 am 
MessageSujet du message: helas ...
Répondre en citant

Ludo a écrit:
Conp tu fair des suit ou pas?


non, je ne compte pas faire de suite, pour la simple raison que je ne sais pas si je vais tenter a nouveau cette aventure.

trouver un scenario original n'est pas une mince affaire.
comme je l'ai expliqué dans un autre sujet, je croyais avoir un brin d'originalité dans ce recit, ce qui, le temps me l'a demontré, n'etait pas le cas.

je ne ressors pas aigri de ce constat, je suis juste un peu plus lucide au regard de "si t'as une idee, n'oublie pas que 50 autres l'ont sans doute en meme temps que toi".

je prefere donc rester dans le domaine musical.
je sais bien que le probleme reste le meme, mais j'ai moins de scrupule a presenter un son qui risque d'avoir deja ete produit.
il y a, a mon sens, plus de parametres sur lesquels on peut jouer dans le domaine musical, qui permet de justifier que l'originalité a presidé a la creation.

mais c'etait interessant comme experience, j'ai decouvert et touché du doigt un phenomene purement halucinant : l'histoire evolue d'elle meme, a tel point qu'on peut en perdre le controle
par exemple, je voulais un vrai mechant et finalement, personne n'a vraiment endossé ce role, a part peut etre Korta, mais il est resté trop en retrait, c'est d'ailleurs un defaut de ce recit, il y a trop de "portes ouvertes" et non refermées.


par contre, je continuerai sans doute a ecrire des textes plus courts ( a ce propos, "les moineaux" a ete ecrit a un moment ou j'avais une panne sur "un livre")

mais pour le moment, je songe a mettre de la parole sur mes futures composition.
 
   
Auteur Message
ludo90290
King of the weeeeeeeeek
King of the weeeeeeeeek


Inscrit le: 10 Fév 2005
Messages: 1971
Localisation: CM

Posté le: Mer Oct 12, 2005 9:45 pm 
MessageSujet du message: Moi jaimer bien tés textes livre!
Répondre en citant

En parlent de ta zic ta vu Alazen, ta demander s’il pouvait, mettre une chanson sur une de tés zic!
Alazen a écrit:
je suis un peu emmerdé...j ai des idées de chant sur C.O.L.T...aurais je ton autorisation pour la repiquer et si c'est concluant t envoyer un jet?

Lien ou il te demande-->: http://www.y-en-a-marre.org/forum/ftopic1463.html
 
   
Auteur Message
Invité






Posté le: Jeu Oct 13, 2005 8:09 am 
MessageSujet du message: vu
Répondre en citant

pas de soucis Ludo, c'est en cours : alazen a recu le lien lui permettant de travailler sur une version de C-O-L-T sans la piste d'acid-radio-tuner.

mais je sais qu'en ce moment il a pas mal de taf et donc sa mouture va sans doute attendre des jours plus calme pour etre travaillée (je le sais car j'ai rencontré l'ami Befa en chair et en os. ca m'a fait bien plaisir, on a causé d'un peu de tout et on remettra ca tres prochainement d'ailleurs)
 
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Y-En-A-Marre.org Index du Forum -> DETENTE

Informations
Page 1 sur 1
Sauter vers:   +


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com