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[textes] [serie] Un Livre - chapitre VIII

 
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Invité






Posté le: Lun Sep 12, 2005 8:26 am 
MessageSujet du message: [serie] Un Livre - chapitre VIII
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[ludo90290: Il y avez un VIII (Cool en plus, Very Happy bon je les retiré, heureusement personne avers écrie]
[EDIT R@Y : oupsss ! je me rends compte de mon erreur de diffusion. le chapitre 8 a été zappé au profit du 9. pour la peine, je rétablis l'ordre et diffuse, en prime, le chapitre 10. la semaine prochaine, les deux derniers chapitres !]

8 – Le journal (suite)


Œva affichait les symptômes de la fatigue.
De Mon coté, j’étais dubitatif, je ne pouvais pas ne pas avoir entendu mon prénom à deux reprises au cours de l’histoire, je n’osais cependant pas en demander davantage au pauvre conteur. Je décidais d’attendre qu’il continue.


De même, ce nom « EOVA – 14 », trop proche du nom de ce livre.
A bien y réfléchir, Œva avait même le physique de cet étrange personnage du récit.

Après quelques hésitation, je décidai finalement de ne rien dire, préférant laisser ce curieux livre en terminer avec son histoire, ses motivations finiraient bien par apparaître au grand jour.

Œva reprit donc son récit :

« Encore un autre repas, celui-ci a un goût inhabituel, ça me rappelle ce goût étrange ressenti alors qu’on me faisait l’injection pour m’anesthésier avant de m’amener ici : pas vraiment un goût métallique, une impression de chaleur dans le fond du palais et l’engourdissement qui vient, qui envahit toute ma personne …

Ma tête est lourde, j’ai la bouche pâteuse.
Je suis sur ma couchette.
Qu’est-ce qui a bien pu se passer ?
Je ne vois rien, la lumière aurait-elle été éteinte ?
Non, la solution doit résider dans cette pression que je sens au niveau de mes yeux, un léger mouvement de la tête m’a permis de comprendre que celle-ci est emmaillotée dans une espèce de gaze.
Une terrifiante nausée me submerge.

Je me suis endormi, la compresse a toujours l’air d’être en place.
Je tente d’ouvrir les yeux sous le textile : rien n’est visible, évidemment.

Je me demande si mon plateau m’a été servi.
Eova-14 est-il toujours dans cette cellule ? Suis-je seulement dans la même geôle ?
Je sais bien qu’ôter ce bandeau n’apportera pas plus de réponse, mais mes repères sont principalement visuels et ceux-ci me rassureraient quelque peu.

Je m’assois sur ma couchette, ce mouvement, fait dans ce noir complet, me donne le tournis, je pressens le pire quand il va s’agir de marcher !

Ma tête se calme, mon univers invisible redevient stable. Je me laisse alors glisser afin de me mettre debout.
Péniblement, je tâtonne de gauche et de droite pour me diriger vers la porte de la cellule en espérant fortement être toujours dans celle que j’avais quitté avant de me réveiller avec ce bandeau.

Oui, elle semble bien être celle que j’ai quitté.
J’entends une respiration, Eova-14 doit sans doute dormir encore.
Maintenant je comprends la raison de ce sommeil, c’est sa porte de sortie, son évasion constante au nez et à la barbe des surveillants.

Ai-je de telles facultés ?
Je n’ose pas prononcer un mot, de peur de sombrer dans un état d’où je ne saurais ressortir par manque de pratique.

Arrivé à la porte, je palpe le sol précautionneusement : le plateau ne s’y trouve pas.

» - Vous devez observer encore quelques heures de jeûne, nous vous apporterons de quoi boire dans quelques minutes

Les premiers mots qui me sont directement adressés !
J’en reste un peu interdit, existerais-je de nouveau ?

Mais surtout : boire, quel mot merveilleux, je vais enfin pouvoir l’utiliser dans son sens noble du terme !

Je retourne sur ma couchette, m’interrogeant sur cette voix métallique, sans chaleur ni émotion qui a pourtant suscité de la joie lorsque je l’ai entendue, uniquement parce que son message m’était destiné.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Ce système carcéral, cette misère qui pousse des gens comme moi dans des endroits comme celui-ci.
Il en est pour parler d’une époque où la nourriture était facile à trouver, ou beaucoup d’états appliquaient une politique d’agriculture excédentaire. Ceux-là même parlent de choses incroyables : l’eau coulait à flot partout, on pouvait la boire à même les ruisseaux. Prendre un bain chaque jour n’était pas interdit, la consommation d’eau n’était pratiquement pas contrôlée.
Mais je doute que tous ceux qui m’on raconté cette histoire aient pu vivre cette époque, ça semble tellement loin dans le temps.
Je dois être né peu après les premiers rationnements, je n’ai jamais connu cette époque bénie où la pluie tombait régulièrement.
Ça devait être quelque chose.
Tout le monde devait être riche à ce moment là.
Aujourd’hui, les plus riches sont ceux qui possèdent leur propre nappe phréatique, et encore, elles n’ont rien de comparable avec ce qui s’est vu par le passé. Ces étendues d’eau ne sont plus que de vulgaires flaques de boue souterraines, on y puise tout ce qu’on peut et il faut encore retraiter cette fange pour la rendre comestible.
Je crois bien n’avoir jamais bu une seule goutte d’eau de ma vie.
Enfin si, j’ai eu ma ration dans chacun de mes aliments, mais de l’eau pure, toute simple … je ne connais pas.

Comment en est-on arrivé là ?

Un bruit, une chose qui glisse sur le sol froid et blanc : mon plateau est arrivé.
Je le récupère, toujours avec force tâtonnements.
Je ne sens que l’habituelle bouille, pas d’autre chose, mes rêves d’eau s’envolent.
La bouillie a toujours ce goût horrible de métal.
Ma tête devient lourde, je sombre encore une fois.


Sombre !

Je suis dans une cellule sombre !
Enfin un lieu ou le jour ne brille pas en permanence, j’ose à peine y croire.
Il ne fait pas nuit noire mais j’aurais presque la possibilité de lire si j’avais quoi que ce soit à lire.
Maintenant que j’y pense, mon bandeau n’est plus sur mes yeux. J’ai la tête lourde encore, maudite anesthésie, ils finiront par nous tuer tous.
J’inspecte mon nouvel environnement : une cellule exactement identique à celle que je partageais avec Eova-14. Seulement, dans celle-ci, je suis seul.
Que cette pénombre est reposante après ces journées, ces semaines (ou ces mois ?) passé dans un flot lumineux continu.

Mon regard est soudain attiré vers le bas de la porte : une très fine ligne lumineuse délimite le bas de la porte. Et quand je dis « lumineuse », je pense surtout à « beaucoup trop lumineuse ».
C’est comme si tout ce qui peut émettre de la lumière se trouvait derrière la porte, braqué vers cet interstice.
Que diable sont-ils en train de préparer ?

La luminosité de la pièce augmente, mais ce phénomène est étrange, ça ne se passe pas de manière continue : la lumière augmente par flux et reflux successifs.
Paradoxalement, le rai de lumière en bas de la porte décroît en intensité au même rythme et sur les mêmes variations.

Ça se stabilise, il y a du mouvement derrière la porte, quelqu’un commence à l’ouvrir.

La lourde porte bascule lentement, découvrant la silhouette d’un bleu. Pas un jeune comme ceux du comité d’accueil, celui-ci est dégarni, porte un monocle et a les traits tirés comme par la fatigue.
Il n’est pas bien gros.
Il m’observe depuis le pas de la porte, immobile. Attend-il une réaction de ma part ?
Après quelques minutes interminables de silence, il émet un gargouillis, indice que le personnage n’est pas une simple statue de plastique.
Alors qu’il semblait regarder le vide devant lui, perdu dans ce qui semblait être ses pensées, son regard se fixe sur moi, j’y découvre les reflets de la vie, mais un détail me gène : ce petit monsieur est comme voilé par une gaze très fine.
» - Vous pouvez vous lever et marcher, ordonne une voix métallique, la même qu’il m’a déjà été donnée d’entendre.
Mes doutes se confirment, cette voix est un enregistrement ou une synthétisation vocale, mon visiteur n’a pas eu seul mouvement de lèvre.
Je me lève donc et commence à marcher dans cet espace exigu.
Ces quelques pas amènent malgré tout une explication à ce voile enveloppant le bleu : j’aperçois mon reflet par-dessus l’homme fatigué, une vitre se trouve entre lui et moi et je remarque aussi des illuminations très faibles sur son visage, comme s’il était éclairé par des diodes ou des écrans de contrôle quelconques.
Je m’approche de mon visiteur, il ne sourcille pas.
« N’approchez pas la sortie à moins d’un mètre ou notre système de sécurité vous neutralisera » encore ma copine la Voix. Elle m’a débité cette phrase sans y mettre la moindre émotion, sur le même ton qu’elle a utilisé jusqu’à maintenant : un ton neutre, une voix de machine.
Je m’arrête à distance raisonnable de la porte, en me plantant devant l’homme, les bras croisés, le regardant comme une bête curieuse.
J’arrive à voir plus précisément les reflets lumineux sur son visage fatigué : cette vitre doit être un élément de diagnostique, sans doute étudie-t-il ma circulation sanguine ou que sais-je encore.

Encore quelques minutes de non conversation et la Voix m’annonce, impassible, que « dans quelques minutes, il vous sera permis de bénéficier d’un moment de liberté ».

Un moment de liberté ? Je me demande bien à quoi cela ressemble dans un endroit comme celui-ci.
En attendant, je retourne sur la couchette, la lourde porte se referme et la vitre qui me séparait de mon visiteur disparaît dans un mur avec un ronronnement étouffé.

Alors que je divague un peu dans un néant intérieur, mon esprit s’éveille au bruit de la porte qui s’ouvre, libérant le passage à deux bleus à la forte carrure.

» - Levez-vous et placez vos main à plat sur le mur face à votre couchette, paroles autoritaires proférées par la Voix.

Je m’exécute, les deux brutes entrent, m’attrapent chacun par les poignets et me conduisent vers ce fameux moment de liberté que je ne peux encore qu’imaginer tant il me parait impossible d’être libre ici.
Nous traversons au moins cinq couloirs, tous organisé comme celui que nous avions traversé lorsque nous avons été pris en charge ici.

Le sixième couloir nous propose alors un choix de portes non blindées, légèrement visibles, blanc sur blanc.
Et ma tenue qui produit toujours ce halo rouge qui me semble plus éclatant que jamais.

Mes gardes se présentent devant chaque porte en remontant le couloir, articulant quelques mots à voix basse devant chacune d’elles.

Finalement, à mi-couloir, une pièce s’ouvre, nous y entrons.

Je découvre une salle plutôt vaste, sans doute capable de contenir une vingtaine de personnes. Elle est parée d’un mobilier d’une blancheur impeccable : tables, chaises et quelque bibliothèques.

Cinq ou six tables sont occupées par des tenues rouges, le mur du fond est tapissé de gardes immobiles mais attentifs.

Mes gardes me laisse pour rejoindre la rangée bleue, je me dirige vers une table où devisent tranquillement trois détenus.
A mon arrivée, il relèvent la tête et me dévisage sans un mot.
Ils se ressemblent. A tel point qu’on pourrait les croire triplés.
Secs, de taille moyenne semble-t-il, le crâne rasé et cette même impression de peau crasseuse que j’avais observé chez Eova-14.

Ne sachant s’il m’est permis de parler, j’ose quand même une approche :
» - Bonjour.

» - ‘lut … le rétorque celui au milieu.

» - Je peux m’assoire à votre table ?

» - Mouais, pourquoi pas …

Les deux autres suivent notre « conversation » en affichant un demi-sourire, leur tête se tournant alternativement vers mon interlocuteur ou moi.

Je m’installe, pas très à l’aise, conscient que je viens de rompre une conversation.

» - T’es nouveau ici toi.

» - A quoi tu vois ça ?

» - Tu n’as pas le crâne rasé et tu sembles intimidé, comme tous les nouveaux ici, même s’ils ne sont pas nombreux. T’es arrivé quand ?

» - Ben … je ne sais pas vraiment, une semaine, un mois, je n’en sais rien en fait.

» - Ouais, c’est normal, comme nous tous, mais je voulais juste briser un peu plus la glace. Quel est ton nom ?

Et voila qu’on me demandait à nouveau mon nom et que celui-ci m’échappait à nouveau.
Si !

» - Marcaïn

» - Enchanté, je suis Eo-3, voici Eo-7 et Cortha. Cortha est le seul à cette table qui soit capable de se rappeler de son prénom. Nous autres n’avons retenu que nos indices d’opération, comme ils appellent ça ici. Tu as été opéré ?

Je lui restitue alors les dernières choses dont je me souviens : le bandeau sur les yeux, la cellule sombre, les jeux de lumière, l’homme en bleu …

» - Je vois, répond Eo-7 d’un air amusé, tu as eu une modification de ton « dispositif visuel ».

» - Ah ? Et qu’est ce qui est censé m’être arrivé ?

» - On ne sait pas pour ce qui te concerne, m’explique Cortha, mais saches que tous nous subissons des modifications de certains de nos organes : les oreilles de celui-ci, les yeux de celui-la. Les plus dangereux criminels subissent des trépanations, ceux-la sont généralement occupés à l’accueil des nouveaux détenus. Lequel s’est occupé de toi ? Et je ne parle évidemment pas des hommes en bleu.

Tout d’un coup, il me répugne de parler d’Eova-14. Pire encore, un sentiment d’alerte m’envahit, une alarme intérieure que je ne me connaissais pas m’empêche presque d’en évoquer le souvenir, ne serait-ce que pour moi-même.

» - Et bien … je ne m’en rappelle plus, c’est étrange.

» - C’est normal, il en existe au moins quatre qui ont hérité de capacités hors du commun depuis leur opération. Ils se protègent et en général, ils protègent aussi et longtemps ceux qu’on a placés sous leur surveillance, m’explique Eo-4. Ils aident à faire la transition entre l’ancienne vie des détenus et celle-ci, nouvelle, dans ces murs.
Ils régulent aussi le nombre d’éléments violents et incontrôlables, quand tu reçois une raclée du comité d’accueil, soit t’en meurs, soit t’en ressorts traumatisé, en tout cas, ça calme beaucoup d’ardeurs : on a vu des types énormes se coucher et geindre comme des petits mammifères devant des gars à l’air débile et qui semblaient incapables de parler.
On ne sait pas exactement ce que ces pauvres types pourtant costauds sont devenus, eux-mêmes n’en savent probablement pas plus.
En tout cas, les débiles sont des éléments importants dans l’organisation de cette prison, sans eux, la discipline serait peut-être impossible.

» - Comment ça ? Il m’a semblé comprendre que cet établissement était réservé aux pires criminels, qu’auraient-ils à craindre, eux qui font trembler toute la citoyenneté ?

» - Et bien c’est simple. Tout d’abord les caïds de dehors voient leur sphère d’influence réduire une fois ici. Ensuite, j’ai eu l’occasion de voir un des débiles passer à l’action. Un évènement tel que celui auquel j’ai assisté marque l’esprit pour un bon bout de temps.
Figure-toi qu’un jour, ils ont amené une véritable montagne, le mec devait bien faire cent trente kilos et mesurer au moins deux mètres. Huit bleus l’encerclaient. Je ne sais plus pourquoi mais toujours est-il que ce mec était pas content et s’apprêtait à le faire savoir violemment à tous ceux autour de lui. Les bleus se tenaient à distance respectueuse, se reculant quand ça devenait nécessaire. La brute était déstabilisée, impossible de mettre la main sur un garde et pas moyen de sortir de toute façon.
Au bout de sans doute cinq minutes de ce manège, ils ont fait entrer un des débiles. Et ils n’ont pas pris le plus costaud en apparence !
Voyant cet être faible qui ne faisait même pas mine d’esquiver ses assauts, le type énorme s’est précipité sur le débile avec l’évidente intention de prouver à tous, par les poings, qu’il se taillerait bien la part du lion dans la prison.
J’étais prêt à me couvrir pour éviter les éclaboussures quand la brute a frappé le débile. Il n’y a pas eu de gerbe de sang, le débile ressemblait juste à une espèce de poupée désarticulée qui vola à travers la pièce. Mais les débiles sont drôlement résistants, celui-la s’est relevé, un filet de bave dégoulinant de son menton, la brute n’en croyait pas ses yeux, on l’a bien vu nous, il avait les yeux exorbités.
Pendant ce temps là, le pauvre gars a basculé sa tête en arrière, très lentement et, sur un crescendo des plus impressionnant, un son est sorti de sa gorge. Il a hurlé « gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarde », un peu de cette manière dont on crie dans un cauchemar, on crie mais la voix ne donne pas a fond, on la sent qui reste bloquée à l’intérieur. Enfin bref, le débile appelait les gardes face à une montagne pour le coup immobile. On pensait que le débile craignait pour sa vie, mais en fait, on l’a compris plus tard, il craignait pour celle du type en face de lui. Passé son moment de stupeur, la masse de muscle s’est une nouvelle fois lancée sur la pauvre loque humaine, il voulait le tuer pour en finir au plus vite. Je ne saurai jamais exactement ce que j’ai vu, mais le débile a eu une série de mouvements très rapides et s’est retrouvé dans le dos de son adversaire, son visage, qui était devenu un masque de colère, reprenait son apparence de crétin béat.
La brute s’est effondrée et ne s’est plus jamais relevée : ses vertèbres cervicales avaient été réduites en poussière.
Ce que je ne t’ai pas dit c’est que j’arrivais avec le même convoi que la brute. Mes premiers jours, je les ai passé en partageant la cellule du débile. Il ne m’a jamais adressé la parole et n’a jamais levé la main sur moi. Je n’étais pas rassuré, il avait toujours un regard mauvais envers moi mais il n’avait jamais osé user de violence. Un matin je me suis réveillé avec le visage sous des mètres de bandage et la semaine suivante je vivais un enfer sans nom : je sens mieux que quiconque sur cette planète. Je peux même te dire que j’ai senti ta peur tout à l’heure quand j’ai abordé le sujet des débiles.
Je sais que le tien ne veut pas que je sache qui il est, mais ça ne fait rien.

A ce moment, mes deux gardes s’approchent de la table.

» - On doit y aller, tu reviendras si tu ne fait pas l’idiot, viens.

J’obtempère et repars encadré par mes deux bleus qui me ramènent au sixième couloir. On prend une porte face à celle que nous venons de passer, on s’engage alors dans un nouveau couloir, aussi bordé de porte.

Il règne une atmosphère médicale, chirurgicale.

Nous traversons la quasi-totalité de ce vestibule pour finalement entrer dans une pièce nue, meublée seulement d’un lit équipé de sangles.
On me pousse vers le lit, je m’y installe, on m’attache.

Le plafond au dessus de moi est quelque peu luminescent, je devine la présence d’une vitre, comme celle de ma deuxième cellule, ce doit être une salle de diagnostique.

Les bleus sortent.

Après la fermeture de la porte, quelques minutes s’écoulent avant que la lumière ne commence son jeu de flux et reflux : la pièce plonge brutalement dans l‘obscurité la plus totale avant de retrouver son niveau lumineux initial tout aussi rapidement. Puis, inversement, mon environnement est exposé à une soudaine et forte lumière avant de retomber à une situation plus confortable.
Ensuite, le même manège se poursuit mais de façon plus nuancée, les variations se font graduellement, plus lentement.

Cela fait assez longtemps que je suis immobile sur ce lit, sanglé et condamné à regarder le plafond. Les jeux de lumières ont cessé. Au moins, avaient-ils l’utilité de me faire croire que le temps passait sans ennui.

Les bleus sont revenus, ils me détachent et me replacent entre eux, je pense que mes amusements sont terminés pour aujourd’hui, je vais réintégrer ma cellule.
Nous repartons à travers les couloirs, mais cette fois-ci, j’en compte au moins deux de plus qu’à l’aller.
Nous nous arrêtons devant une porte, l’un des bleus se place devant le mur directement sur la gauche de l’huisserie : une petite mélodie froide, très ténue, flotte alors quelques secondes. La porte s’ouvre, je n’attends pas l’invitation de mes geôliers pour entrer.

Finalement, je crois bien avoir retrouvé ma bonne vieille cellule, un corps couché en chien de fusil, tourné vers le mur, me donne cette première impression, reconnaissant par là mon compagnon de détention, mon tuteur si j’ai bien compris ce qu’a expliqué Eo-4.

Je m’installe sur ma couche et attends un peu, immobile, écoutant la faible respiration s’élevant à quelques deux mètres de moi.
Je chuchote : « Eova » plusieurs fois. Ça ne provoque pas une seule réaction de la part de la masse dormante.
Je tente à nouveau l’opération : toujours rien.

Je décide de prendre du repos, j’ai tout le temps dont j’ai besoin non ? Demain viendra bien assez tôt, j’aurai tout le loisir d’embêter mon compagnon sur quelque sujet que je voudrais.

« Demain »
A-t-on jamais vu un mot perdre plus complètement son sens ?
Quel peut être la signification de « demain » lorsque la journée ne se finit jamais ?
« Demain » est la marche avant « après demain » et juste après « hier », cette marche qu’on franchit la nuit, jalonnée qu’elle est par ce jeu des lumières provoqué par la sempiternelle danse de la Terre autour de son astre.
Ici, point de variation lumineuse, donc point de nuit visible, mais au-delà de notre horizon, de puissantes masses telluriques et gazeuses singent l’agitation de l’infiniment petit, n’ayant aucune connaissance de prison, d’humanité, de jour ou même de nuit. Et nous, nous essayons vainement de nous débattre dans la fange, croyant nos vies tellement exceptionnelles. Nous ne sommes même pas visible à l’échelle de ces danseurs géants sans lesquels la race humaine n’existerait pas. »
 
   
Auteur Message
Fred
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Posté le: Lun Sep 12, 2005 11:44 am 
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Je me disait! Rolling Eyes
 
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