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[textes] [serie] Un Livre - chapitre VI

 
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Posté le: Mar Aoû 16, 2005 9:26 am 
MessageSujet du message: [serie] Un Livre - chapitre VI
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6 – Un nouveau livre



En fin de compte, le vieil homme décida qu’il ne fallait plus différer l’éducation d’Eline, l’épisode des cavernes lui inspira quelques craintes, il fallait parer la fillette d’un grand savoir pour qu’elle devienne rapidement indépendante.
Les premiers temps seraient compliqués car elle ne pouvait pas encore quitter la cellule familiale pour une réelle éducation de livre, elle était bien trop jeune pour cela. D’un autre côté, l’arrivée d’Œva lui permettrait de ne se consacrer qu’à Eline pendant que le nouveau livre dispenserait son savoir aux autres enfants.
Marcaïn et Eline rejoignirent le reste des enfants.
Le vieil homme fit part de ses projets à Œva, celui-ci fut flatté d’avoir si tôt des enfants sous sa responsabilité, il prit cette annonce comme un gage de la confiance que lui accordait le vieux livre.

Dès lors, les journées de Marcaïn virent leur rythme changer.
Le matin, il passait à la bibliothèque pour emmener la petite fille avec lui sur son plateau herbeux préféré.
Il lui racontait alors sa vie, de la découverte de ceux de la forêt sombre jusqu’à ce jour ou elle était entrée dans les cavernes d’énergie. Il lui raconta l’histoire de sa vie bon nombre de fois, pour expliquer à la fillette la raison d’être du livre : contenir une histoire.
Le sujet avait peu d’importance, il pouvait tout aussi bien s’agir de fait réels ou inventés, le principal étant que cette histoire permette la diffusion du savoir. Le récit n’étant alors qu’un prétexte pour mettre en scène telle technique de pêche ou pour décrire telle communauté lointaine.

Eline suivit cette éducation trois années durant, à la suite de quoi, elle fut suffisamment âgée pour entamer le réel apprentissage de la fonction de livre.
A cette fin, le vieil homme et la toute jeune fille devaient quitter la communauté pour de longues périodes, car les livres doivent voyager pour s’épanouir et ces deux là prirent la route pour venir à la rencontre d’autres hommes, d’autres habitudes.
Ils visitèrent donc de nombreuses communautés, séjournant quelques jours dans chacune d’elles.
Ces rassemblements humains étaient très espacés les uns des autres, c’était une des raisons expliquant les très rares conflits intercommunautaires.
Ils s’établirent donc quelques jours à chaque fois dans tous les villages qu’ils rencontraient. Ils y apprenaient les habitudes, les coutumes de ceux qui les accueillaient. L’importance des livres était telle qu’ils ne furent jamais mal accueillis. Ils éveillèrent bien un certain malaise chez un ou deux livres mais rien de très sérieux.

Cette partie de l’éducation d’Eline dura environ quatre ans, Marcaïn décida alors que, d’une part, il était beaucoup trop vieux pour continuer ces déplacements et, d’autre part, qu’il était temps pour la jeune fille de se confronter à sa fonction de livre en commençant par officier auprès des siens.

Ils revinrent à la fin d’une chaude journée.
Le vieil homme encore plus courbé que jamais. Le temps avait presque éteint ses yeux, lesquels ne brûlaient plus du même feu : le rouge était légèrement voilé d’un bleu clair de cataracte.
Eline s’était métamorphosée. La petite chenille poisseuse et espiègle avait donné un papillon aux allures sauvages.
Elle n’avait pas encore sa pleine envergure mais en elle se voyaient déjà tous les signes de la femme-livre qu’elle allait bientôt devenir.
Elle avait pratiquement la même taille que Marcaïn et présentait une silhouette encore quelque peu androgyne.
Ses longs cheveux noirs étaient rassemblés en une lourde tresse courant sur son épaule gauche lorsqu’elle ne lui tombait pas simplement dans le dos.
Elle portait la même tunique que le vieux livre, faite de fibres végétales.
Ses membres bien découplés témoignaient d’une activité soutenue, d’escalade d’arbres et de courses en forêt. Autant Marcaïn était un livre méditatif, autant Eline tranchait par son activité débordante. Cela lui passerait-il un jour ? Le vieil homme en doutait.

Leur entrée dans le village de ceux de la Lomy fut peu remarquée, seules deux vieilles femmes édentées les virent arriver en silence, elle, grande et fière, lui, profitant de la jeunesse de sa compagne pour faciliter sa marche.
Dans l’espoir de ce retour, les communautaires avaient fait construire un escalier en bois pour gravir les deux mètres montant à la bibliothèque, Marcaïn leur en était reconnaissant dans son cœur. Ils firent donc la surprise d’Œva et des enfants à qui il lisait une histoire.
Ce fut alors une ruée vers les deux voyageurs, chaque enfant voulant la primeur de leurs aventures.
Eline, malgré son jeune age, plus jeune que celui de plusieurs des enfants présents, fit revenir le calme parmi la marmaille bruyante, il n’était pas question de fatiguer davantage Marcaïn.

Ainsi, elle commença sa toute nouvelle vie de livre car elle était devenue un ouvrage à part entière, porteuse d’une histoire certes courte, en partie calquée sur sa jeune existence mais déjà pleine d’enseignements.
Elle se savait être encore ignorante de tellement de choses, qu’il lui fallait continuellement apprendre. Elle gardait ainsi une certaine humilité, sachant qu’elle ne devait en aucun cas profiter de son rang ou de son savoir au détriment des autres, au contraire, elle se faisait un point d’honneur de partager ce qu’elle avait déjà appris. Elle avait soif de donner, de lire.
Le temps passant, elle continua de s’épanouir, comme une grasse fleur tropicale, exhalant son enseignement comme un parfum généreux.

Parallèlement, Marcaïn se tassait de plus en plus sur lui-même, elle le voyait de moins en moins. Il arriva même qu’elle ne le vit plus pendant au moins cinq levés de soleil, chose qui n’était jamais arrivée de mémoire de ceux de la Lomy.
Elle en vint à nourrir quelques soupçons à l’égard de Lortin, devenu un vieillard irascible, accroché à son culte.
Il n’avait pas rassemblé d’autres âmes que celles de son foyer autour de ce qu’il nommait « le remerciement », un ensemble de pratiques censées remercier la divinité suprême à qui il croyait devoir la vie. Il avait bien eu quelques accrochages sans importance avec le vieux livre, leur antagonisme ne fondrait pas aussi facilement dans le cours du temps car chacun était évidemment persuadé de saisir exactement le sens même de la vie dans son ensemble.
Eline alla donc trouver Lortin, sous le prétexte d’une simple conversation, elle voulait le sonder, examiner attentivement ses réactions, tout ce que le comportement avait du mal à cacher. Son intuition était grande et il était difficile de lui mentir. Cependant, elle ne découvrit rien qui puisse indiquer une exaction quelconque qu’aurait pu commettre ce vieil homme.

Mais elle dut se rendre à l’évidence, Lortin n’avait jamais rien commis de grave parmi ceux de la Lomy, pourquoi aurait-il eu un changement de comportement aussi radical ?

Elle nota cependant un changement dans l’attitude de Œva, il paraissait miné, abattu. Il ne lisait qu’avec effort et on sentait qu’il n’était pas vraiment là malgré sa présence physique.
Quelle maladie avait donc frappé les livres ?

Au cinquième levé de soleil après la disparition de Marcaïn, Eline le vit. Il était assis au sommet de sa colline adorée, il paraissait dormir.

« Marcaïn ! Te voila enfin, où donc étais-tu passé ? »

Mais l’homme ne répondit pas. Elle vit alors, chose incroyable, des larmes rouler sur les vieilles joues tannées par le temps. Elle fut choquée par cette humidité jamais vue en cet endroit auparavant.

« Mais que t’arrive-t-il ? Tu ne nous a jamais laissé sans nouvelles aussi longtemps, du moins me concernant. As-tu fais une mauvaise rencontre ? As-tu appris une mauvaise nouvelle ? »

Le vieil homme leva lentement la tête et regarda la jeune fille dans les yeux.
Un long moment passa, il n’osait pas parler, à plusieurs reprises, elle sentit qu’il allait tout lui expliquer, que l’homme allait exploser dans un torrent de paroles, de larmes et de sanglots.
Mais il ne dit mot.
Elle s’assit alors à côté du vieux livre et fixa le paysage devant elle. En bas, une forêt indisciplinée encerclait le promontoire où ils se tenaient. Plus loin, le peuple des arbres perdait en densité et les premières constructions humaines tentaient de rivaliser en hauteur avec les cimes les plus proches. Ensuite s’offrait à la vue la place du rassemblement, légèrement cachée, laquelle donnait sur la bibliothèque. Les enfants devaient sans doute y lire Œva.
Cachée par une bordée de huttes sur pilotis, elle devinait la petite plage de sable de rivière patiemment formée par la Lomy.
Au-delà de la rivière, elle savait qu’un désert humain s’étendait sur plusieurs levés de soleil de marche, un long voyage avant de rencontrer les premiers rassemblements d’hommes.
Elle était perdue dans ses souvenirs lorsque le vieil homme lui parla enfin.

- Nous nous mentons. Nous ne sommes pas dignes de vivre. »
Il avait pratiquement murmuré ces mots, elle craignait même de les avoir imaginé.

- Que veux-tu dire ? je ne te comprends pas.

- Tu ne peux pas encore comprendre, mais je vais t’expliquer, je brûle d’indignation. En même temps, j’ai honte. Honte d’être ce que je suis, honte de tout ceci.
- Mais de quoi as-tu honte, qu’est-il arrivé ces derniers jours ?
- Il y a cinq jours, Œva est venu me trouver, il voulait entendre à nouveau mon histoire.

Je lui ai donc relu tout ce qui m’était arrivé depuis ce jour qui m’a vu arriver auprès de ceux de la forêt sombre.

- « jours » ? Ce mot t’a été enseigné par Œva ? Que signifie-t-il exactement ?

- Evidemment, tu ne connais pas ce mot car nous ne l’employons pas et pour cause : nous avons un vocabulaire qui est principalement basé sur mes propres expériences et celui-ci était tapis au fond de ma mémoire. Ce mot est l’équivalent de « levé de soleil », il indique le temps de la course du soleil lorsqu’il nous est visible.
Il y a cinq jours donc, Œva a de nouveau entendu mon récit. Il écouta patiemment : mon séjour parmi ceux de la forêt sombre, ma découverte des Nélons, l’horreur des sacrifices humains ordonnés par Kortha en l’honneur de Ceppex. Mon silence destiné à protéger ma vie, mes fonctions de guetteur pour prévenir les attaques des couasards. Mon départ des Nélons en secret, ma longue errance à travers les plaines et les forêts avec cet étrange sentiment qu’un endroit m’appelait.
C’est à ce moment là que je compris qu’il n’était intéressé que par le récit concernant mon attrait inexpliqué pour les cavernes d’énergie.
Je lui expliquais alors que je me sentais appelé par cet endroit. Je lui révélais même ce que tu m’avais dit lorsque je t’avais retrouvée dans la salle de la paroi lisse.
C’est alors que son attitude changea, il devint sombre, presque menaçant.
Puis il me confia ce que lui-même qualifiait de grand secret. Il me fit la lecture d’une histoire qui me fit l’effet d’une véritable noyade, j’ai cru devenir fou pendant son récit, à tel point que je ne sais pas encore si je dois t’en parler plus avant.

Le vieil homme se tu.

- Me diras-tu ce qu’il t’a lu ? demanda Eline.

- Et ainsi tu partagerais mon désespoir ? Hors de question, je refuse de miner ta vie, la mienne est proche de sa conclusion, je le sens. Je pense qu’il ne serait pas juste de détruire tout ce qu’on a pu construire.

- Et que dois-je en penser ? Tes quelques explications ne peuvent avoir d’autres effets que d’attiser la curiosité et c’est toi-même qui m’as enseigné la persévérance lorsque la connaissance peinait à se découvrir !

- Après tout, sans doute as-tu raison. Il est probable qu’il faille révéler au grand jour ce qui a dormi si longtemps hors du savoir humain. Je regrette seulement que ce devoir soit le mien. Mais le pire dans tout cela, c’est que finalement, Lortin a une part de la vérité entre ses mains, même si elle ne revêt pas l’apparence flamboyante qu’il imagine.

Cette fois-ci, Eline était abasourdie, Marcaïn remettait en cause, devant elle, la philosophie qui avait teinté tout ce qu’il avait pu enseigner aux hommes.

Il poursuivit.

- Lorsque j’eus fini mon histoire, amenant ma conclusion à ma rencontre avec lui, il resta un moment silencieux, il fixait le sol et paraissait hésiter à me faire part de ses réflexions.
Puis il releva la tête : je compris tout à coup qu’un élément avait longtemps échappé à notre vigilance.
Œva est parmi nous depuis plusieurs années, pardon, depuis plusieurs crues, et il ne semble pas vieillir, son apparence parait immuable.
Il me dit alors :

» - Je dois à mon tour te livrer l’histoire que je porte. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai fait que lire une histoire sans grande importance, qui n’est pas celle qui me tient vraiment à cœur.

» - Que veux-tu dire ?

» - C’est très simple Marcaïn, le récit que je vais te faire n’est pas facile à entendre car il ne s’adresse qu’à une seule personne et il implique énormément celui qui l’entendra.
Il faut aussi que tu saches que cette histoire est en grande partie le journal d’un homme dont on a restreint la liberté. C’est aussi le récit de son évasion, à la fois de sa prison mais aussi de ce qu’il croyait être son monde. Pour entendre ce que j’ai à dire, il te faut fermer les yeux et te concentrer sur ma seule voix.

Je l’écoutais, et sans que je m’en rende compte, j’avais fermé les yeux. Sa voix avait pris une intonation particulière, de sorte que j’avais l’impression qu’elle s’insinuait dans chaque recoin de ma personne. Voici ce que j’entendis.
 
   
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ludo90290
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Posté le: Mar Aoû 16, 2005 3:02 pm 
MessageSujet du message: Cool!
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Je trouve tés 6 chapitres sympathiques à lire!

A au faite il y en a combien, comme cela je mettrais une appréciation et commentaire, dès que tu auras publier le dernier chapitre!
 
   
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Invité






Posté le: Mar Aoû 16, 2005 3:15 pm 
MessageSujet du message: merci m'sieur
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content que ca te plaise m'sieur Ludo.

il y a 12 chapitres en tout.

le 7eme qui va arriver Lundi prochain va plonger dans un style beaucoup moins sympathique a lire (appreciation perso), ce sera beaucoup plus lourd et plus ... hermetique, je pense

cela dit, ca n'a d'autre vocation que de distraire un peu, c'est aussi pour ca que je l'ai mis en section "detente" et non "art"
 
   
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ludo90290
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Posté le: Mar Aoû 16, 2005 4:13 pm 
MessageSujet du message: HAhah!
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Comme jais des goûts assez particulier, bien on verra, si cela fait comme la musique sa va promette un long sujet "romantique"b eu "romancier" oups je sais plu comment ont dit.
:HA:

J'attend avec impatience les 6 autres sur tout le 7 ieme! Wink
 
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